Lundi 10 septembre 2018
3 min

Ouvrir l’orchestre aux personnes en situation de handicap

Les BBC Proms, célèbre festival londonien, ont accueilli pour la première fois cette année un ensemble de musiciens en situation de handicap : le BSO Resound. Aliette de Laleu revient sur cette initiative dans sa chronique.

Ouvrir l’orchestre aux personnes en situation de handicap
L'orchestre symphonique de Bournemouth en 2017 au Royal Albert Hall de Londres, © Maxppp / Matt Crossick

Après The Last Night of the Proms, samedi 8 septembre, en direct sur France Musique, on prolonge le célèbre festival londonien en mettant la lumière sur un concert un peu particulier qui s'est déroulé le 27 août. 

Sur scène se trouvaient des musiciens en situation de handicap. Les BBC Proms ont invité pour la première fois cette année l’ensemble Resound, « retentir » en anglais. Un groupe de 6 musiciens qui fait partie d’un programme lancé par l’Orchestre symphonique de Bournemouth (BSO), orchestre aussi invité sur la scène du festival londonien. 

Ce genre d’initiative est assez récente. Mais les Anglais ont une longueur d’avance : en plus du BSO Resound, un autre orchestre professionnel pour musiciens en situation de handicap a déjà été créé en 2011, le British Paraorchestra. Et en plus de ces deux ensembles, un orchestre pour jeunes musiciens handicapés vient d’être lancé, le National Open Youth Orchestra

En France, cela n’existe pas encore, et dans les autres pays, c’est très rare de trouver des orchestres qui accueillent uniquement des personnes en situations de handicap, surtout au niveau professionnel. 

Diriger avec la tête 

Dans le BSO Resound, le chef d’orchestre, James Rose, a un handicap visible puisqu’il est paralysé, donc en chaise roulante, et il dirige... avec sa tête. La baguette est accrochée à ses lunettes. Parmi les autres musiciens, on compte une flûtiste non voyante, un percussionniste autiste, un violoncelliste atteint d’une maladie qui touche la moelle osseuse. Et tout ce petit monde accueille un compositeur en résidence, Alexander Campkin, dont l’oeuvre, Trembling, hoping, lingering, flying, a été jouée pendant cette fameuse soirée des BBC Proms. 

Le compositeur est touché par une sclérose en plaque depuis ses 17 ans. Il est alors altiste et ne peut plus continuer à jouer dans les orchestres. Alexander Campkin se tourne vers la composition et cette oeuvre raconte justement son parcours d’acceptation de la maladie. 

Mais pourquoi, en 2018, ce genre d'ensembles spécialisés sont-ils créés ? Les six musiciens du BSO Resound témoignent tous des difficultés qu’ils ont traversé pour intégrer des orchestres professionnels. La flûtiste devait avoir ses partitions en braille, le percussionniste n’arrivait pas à passer des auditions à cause de son autisme… Tout est une question de petits ou gros arrangements que les orchestres ne sont parfois pas prêts ou aptes à faire. 

C’est aussi une manière d’envoyer au grand public un message : une personne en situation de handicap peut devenir musicien professionnel. Et ce quel que soit le handicap, physique ou mental, visible ou non. 

Il faut saluer ce genre d’initiative mais ne pas oublier que certains orchestres sont déjà dans une démarche d’accueil et d’ouverture. Par exemple dimanche 9 septembre à la Philharmonie de Paris, un des musiciens dans les rangs était atteint d’un handicap physique. C’était le Mahler Chamber Orchestra et il y en a d’autres. C’est aussi ça être inclusif et militer pour la diversité : accepter un musicien ou une musicienne pour son talent, pour sa musique, et rien que pour ça. 

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