Lundi 23 avril 2018
5 min

Julie Fuchs virée de La Flûte enchantée : non, la grossesse n'est pas une maladie

La soprano française Julie Fuchs a été virée d'une production de la Flûte enchantée donnée par le Staatsoper de Hambourg. La raison ? La chanteuse est enceinte de quatre mois.

Julie Fuchs virée de La Flûte enchantée : non, la grossesse n'est pas une maladie
Aliette de Laleu, © Radio France / Christophe Abramowitz
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Vendredi 20 avril, Julie Fuchs annonce qu’elle est écartée d’une production de la Flûte enchantée de Mozart à l’opéra d’Etat de Hambourg pour cause de grossesse. Mais derrière ce scandale, il y a tout de même du positif. 

Petit rappel des faits : Julie Fuchs devait chanter dans l’opéra de Mozart jusqu’à ce que l’équipe artistique l’informe, quatre jours avant le début des répétitions, que l’intégrité artistique de la production ne pouvait être maintenue si la soprano qui chante Pamina est enceinte de 4 mois. 

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On peut hurler au scandale ce que d'autres ont fait et c’est déjà ça le côté positif de cette affaire : les réactions unanimes... Dans les médias ou dans les commentaires, pour une fois, tout le monde accorde ses violons. Et parmi ses réactions, de nombreuses chanteuses ont pris la parole pour partager leurs expériences de grossesse dans un milieu artistique où tomber enceinte peut encore être vu comme une maladie. On apprend donc qu’il y a déjà eu sur scène des Lucia enceintes de 7 mois, des Carmen enceintes de 6 mois et que non la grossesse n’est pas incompatible avec le monde de l’opéra, il suffit de tomber sur les bonnes personnes qui ne sont pas restés bloquées au XIXe siècle.

On apprend aussi dans ces réactions que c’est presque un plus d’être enceinte chez les chanteuses. Pour le bébé, et pour la voix qui peut être plus claire au cours du deuxième trimestre... Ce qui aurait été parfait pour Julie Fuchs à 4 mois de sa grossesse. Mais la terrible ‘intégrité artistique’ a frappé. 

Qu’est-ce qui se cache derrière cette intégrité artistique ? Deux choses : d’abord, le physique. Par exemple une Pamina enceinte pourrait heurter la sensibilité des puristes car ce serait contraire au livret, au personnage… On revient sur la rengaine du physique qui prime sur la voix.   

Le deuxième argument de cette intégrité artistique concerne la dangerosité de la mise en scène. C’est d’ailleurs l’argument principal brandi par l’opéra d’état de Hambourg : « Nous ne voulons pas prendre de risque pour la santé de la femme enceinte, même pour une seule scène d’action risquée. » Les opéras de Mozart seraient-ils devenus des rings de boxe ? Pamina doit-elle se percher sur une poutre à 10 mètres de hauteur et faire le poirier ? 

Non. Dans cette production, la metteuse en scène joue avec des passerelles installées en hauteur, ce qui est un risque pour tous les artistes, qui, au passage, ne sont pas cascadeurs. A un moment donné on voit Pamina faire du skate, ce qui semble peut-être le plus compliqué quand on est enceinte. Mais, à la limite, si on enlève ce détail, le public na va pas  sur-réagir : « Non mais Pamina elle a pas fait de skate sur scène. L’intégrité artistique est foutu. » C'est exagéré mais c'est pour montrer que c’est bien du côté de l’institution que ça bloque, de certaines mentalités qui considèrent qu’il est tout à fait normal de virer une artiste parce qu’elle est enceinte. 

Dans le cadre de Julie Fuchs, l’opéra avait été prévenu en amont, des discussions avaient été engagées, et au final, l’unique solution, c’est de faire payer une future maman. Ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’une chanteuse est confronté à cette forme de discrimination. La chance avec cette affaire, c’est qu’elle est devenue médiatique. Cela met en lumière des pratiques qui existent encore et qui sont parfaitement injustes à tous les niveaux. Pour Julie Fuchs mais aussi pour toutes ces femmes, moins exposées, plus précaires, qui ont besoin d’un rôle pour vivre et pour qui l’annulation d’une production peut coûter très très cher. 

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