La chronique d'Aliette de Laleu
Magazine
Lundi 17 juin 2019
3 min

Hymne du MLF, Marseillaise des cotillons... Les chants féministes en France

L'hymne du MLF (mouvement de libération des femmes) a résonné dans le stade rennais mardi 11 juin avant le match Chili Suède de la coupe du monde féminine de floorball. Un chant féministe imaginé dans les années 70 et qui revient sur le devant de la scène. Mais il est loin d'être le premier !

Hymne du MLF, Marseillaise des cotillons... Les chants féministes en France
Manifestation de femmes à l'appel du MLF (mouvement de libération des femmes) lors de la journée de la femme à Paris le 8 mars 1982, © Getty / Daniel SIMON

Nous sommes en pleine coupe du monde féminine de football et mardi 11 juin, dans le stade rennais, des centaines de supportrices ont entonné un chant juste avant le match Chili-Suède : l'hymne du MLF, mouvement de libération des femmes. Des tubes féministes que l'on redécouvre, quarante ans après. 

Cet hymne a été imaginé en mars 1971 par une dizaine de militantes féministes réunies pour préparer un futur rassemblement. Ce n’était pas le premier chant inventé, ni le dernier : chaque manifestation apportait son lot de chansons improvisées. Mais celle-ci est restée, à la stupéfaction de Josée Contreras, présente ce jour-là et qui a donné l’idée de l’air sur lequel écrire les paroles : Le Chant des Marais, composée en 1933 par des déportés.  

Dans une interview, la militante féministe avance que c’était un air facile à retenir et c’est peut-être ce qui fait sa force avec les paroles : « Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui n’avons pas d’histoire », c’est pointer du doigt l’absence, encore plus flagrante dans les années 70, de la moitié de l’Humanité dans l’Histoire avec un grand H.

Des chants qui datent du XIXe siècle !

Nous n'avons pas attendu le XXIe siècle ou les mouvements de libération des femmes d’il y a 40 ans pour que des chants féministes voient le jour. En 1929, une certaine Germaine Tailleferre se pliait déjà à l’exercice avec cet air : « Non, la fidélité n'a jamais été qu'une imbécillité »... C’est extrait des 6 chansons françaises de la compositrice, souvent connue pour être membre du Groupe des Six aux côtés de Milhaud, Poulenc et d'autres, mais qui devrait être simplement reconnue pour son talent. 

Point de pitié, mettons en note, Tous les torts du sexe barbu

Germaine Tailleferre, compositrice féministe ? Son engagement ressort seulement dans ce corpus, publié grâce à l'impulsion d'une amie et grâce aussi à son histoire personnelle. Son mari, Ralph Barton est jaloux de son succès et quand il apprend qu’elle est enceinte, en 1929, il pointe un revolver sur le ventre de sa femme pour tuer le fœtus. Il rate heureusement son coup mais la compositrice fera une fausse couche. C’est cette même année qu’elle divorce et qu’elle écrit cette œuvre qui parle de la difficile condition des femmes. 

Revenons encore plus en arrière, en 1848 avec La Marseillaise des cotillons, hymne féministe écrit par Louise de Chaumont avec des paroles très engagées : « Femmes, notre jour est venu : Point de pitié, mettons en note, Tous les torts du sexe barbu ; Voilà trop longtemps que ça dure, Notre patience est à bout. »

171 ans plus tard, notre patience est toujours à bout mais les chants féministes résonnent dans les stades et sur France Musique ce matin, de quoi garder espoir. 

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