Mardi 21 décembre 2021
2 min

Galina Oustvolskaïa, la radicalité d'une compositrice russe solitaire

La compositrice russe Galina Oustvolskaïa s'est vite émancipée de son professeur Dmitri Chostakovitch pour créer une œuvre singulière et radicale. Longtemps censurée en URSS, ses partitions ont été ressorties dans les années 90 et portées par des interprètes prestigieux comme Mstislav Rostropovitch.

Galina Oustvolskaïa, la radicalité d'une compositrice russe solitaire
Capture d'écran d'une vidéo de 1959. Galina Oustvolskaïa au Plénum du Royaume-Uni à Moscou. Source : http://ustvolskaya.org/gallery.php, © ustvolskaya.org/gallery

C’est une des figures les plus radicales de la musique russe au XXe siècle. De ses œuvres, seules quelques compositions nous sont parvenues : elle en a détruit la plupart. Galina Oustvolskaïa disait de sa musique : “Ceux qui seraient en mesure de juger et d’analyser théoriquement mes œuvres ne devraient s’y adonner qu’en monologue”. Un provocation qui sonne aussi comme un présage de toute la force de caractère de cette femme. 

Galina Oustvolskaïa est née en pleine révolution russe, en 1919, à Petrograd, devenue Saint Pétersbourg. Elle étudie la musique, la composition, devient l’élève de Dmitri Chostakovitch (même un peu plus qu’une élève) avant de s’en affranchir complètement et de créer son propre style musical. 

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Une vie et une musique radicale

Peu avant sa mort, survenue le 22 décembre 2006, la compositrice vivait recluse dans un tout petit appartement de sa ville natale. Elle ne donnait quasiment pas d’interviews, mais sa parole était très libérée, tranchante, radicale. 

Sur son professeur de composition, elle disait par exemple, en 1995 : “Aujourd’hui comme dans les années 50, je rejetais sa musique. Une chose est claire : une figure aussi éminente que Chostakovitch ne l’est pas pour moi. Au contraire, il a brisé ma vie et tué mes plus beaux sentiments”.

Ce n’est sûrement pas l’unique raison de sa radicalité, mais cette citation traduit bien la tonalité de son œuvre : une musique teintée de violence, on y ressent quelque chose de physique et viscéral.

Censure et liberté

Des adjectifs qui ne plaisent pas au régime soviétique. La grande majorité de ses œuvres était censurée et interdite de diffusion dans le pays. Ses partitions écrites dans les années 50 et 60 ont longtemps attendu avant d’être ressorties et jouées librement. C’est en partie le cas de son Grand Duo pour piano et violoncelle. Une œuvre qu’elle écrit pour le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch en 1959. La musique est dangereuse aux yeux des autorités soviétiques : elle ne correspond pas au réalisme socialiste, une doctrine visant à glorifier le pays dans des compositions harmonieuses. 

Le musicien souhaite protéger la compositrice et ne jouera l’œuvre quelques années après la chute de l’URSS, en 1996, et l’enregistrera peu après à Moscou. 

Ce grand duo pour violoncelle et piano figure parmi les œuvres phares de Galina Oustvolskaïa, mais ce n’est qu’une partie de sa création. On trouve aussi des symphonies extraordinaires avec des combinaisons d’instruments assez improbables comme celle pour contralto, trompette, tam-tam et piano. Il existe également dans son catalogue une composition pour piccolo, tuba et piano. Autant de découvertes à jouer et enregistrer pour honorer la mémoire d'une des compositrices russes les plus importantes du siècle dernier.

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