Samedi 14 décembre 2019
5 min

Des chants traditionnels enregistrés dans une prison à Tahiti

La plus grande île de Polynésie française, Tahiti, abrite une prison surpeuplée : celle de Faa'a-Nuutania. En 1998, Philo Fournier a posé ses micros au sein du centre pénitentiaire et en a fait un disque de poésie et de chants traditionnels interprétés par les détenus, hommes et femmes.

Des chants traditionnels enregistrés dans une prison à Tahiti
Vue de la prison de Nuutania à Tahiti, © CaptureYoutube/PolynésieLa1ère

En 1998, le chanteur et compositeur Philo Fournier visite une première fois la prison de Faa'a Nuutania dans le nord de Tahiti pour une mission qui visait à lutter contre l'illettrisme. A ce moment-là, la grande majorité des personnes incarcérées ne savent ni lire, ni écrire. Fort de cette première expérience, il décide de retourner dans le centre avec un projet plus fou : enregistrer un disque de musiques et de chants avec les personnes détenues. 

De cet enregistrement, il en dégage une joie, parfois une légèreté alors que cette prison est aujourd’hui encore classée comme la plus surpeuplée de France. En 2017, le taux de densité atteignait les 255%, en nette diminution par rapport aux années précédentes. A titre comparatif, en métropole, ce taux grimpe à 115%, ce qui n'est déjà pas glorieux.

Les conditions de détention aujourd’hui sont très difficiles, la ministre de la Justice en visite à Tahiti en juillet dernier a promis une aide pour ce centre pénitentiaire qui n’a pas beaucoup changé depuis 1998, année du projet de Philo Fournier...

Faire entendre les sons de la prison

Le projet en tout a duré 6 mois : à travers 7 groupes de travail, dont un constitué uniquement de femmes qui sont dans un quartier à part. 

La cinquantaine de personnes qui ont participé à l'expérience a voulu à la fois créer, mais aussi faire entendre les bruits de la prison. Bruits de portes qui se ferment, de clés, de rires, de discussions, de voix qui font l'appel... 

C’est aussi un projet qui a permis de faire l’impossible : réunir hommes et femmes, physiquement, comme on peut l’entendre dans un duo poétique entre un détenu et une détenue, duo accompagné par des percussions et le son d’un ukulélé, instruments qui ont été fabriqués dans la prison.  

Le disque est sorti sous le label Last Call, et à l’époque les bénéfices des ventes ont été reversés aux associations qui soutiennent les activités culturelles de la prison de Faa’a Nuutania. 

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