Samedi 17 avril 2021
5 min

Bi Kidude, voix de Zanzibar et reine du taarab

La chanteuse Bi Kidude a été rendue célèbre grâce à sa réappropriation du taarab, genre musical très présent à Zanzibar. Elle a grandi dans les traces d'une pionnière, Binti Sidi Saad, et toutes deux ont porté le taarab au-delà des frontières de leur pays natal.

Bi Kidude, voix de Zanzibar et reine du taarab
La chanteuse Bi Kidude, © Sauti za Busara

Il y a 8 ans, le 17 avril 2013, une légende de Zanzibar disparaissait, la chanteuse Bi Kidude. Personne ne connaît sa réelle date de naissance, mais à sa mort, elle était probablement déjà centenaire. Bi Kidude, de son vrai nom Fatuma Binti Barak, est née à Zanzibar, archipel de Tanzanie, où au début du 20e siècle on chante et on joue du taarab.

A l'origine un concours de chant et de violons, le taarab vient de différentes cultures. On y entend des influences européennes, arabes, indiennes, perses… Et c’est grâce à une autre femme que ce genre musical va aussi s’inscrire dans la culture africaine, la première qui va chanter du taarab en swahili, langue originaire de Tanzanie. 

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L'influence de Binti Sidi Saad

Cette femme s’appelle Binti Sidi Saad, elle est née en 1880 à Zanzibar et grâce à elle, le taarab va devenir un des genres musicaux les plus populaires de l’archipel et du pays. C’est aussi la première femme à chanter en public une musique à l’origine 100% masculine. 

C’est aussi elle qui va inspirer la jeune Bi Kidude. Cette dernière va entendre son aînée et s’inspirer de ses chansons mais aussi de ses textes. Les deux femmes vont se rencontrer, s’inspirer mutuellement. Sur scène, à la différence de Binti Sidi Saad, la jeune Bi Kidude remplace le voile par une cigarette qu’elle fume entre deux chansons… Dans sa voix, elle reprend les textes des chants de son inspiratrice, en y apportant sa propre expérience et vision du monde. 

Un style musical aux paroles puissantes

Le taarab s’accompagne toujours d’un orchestre, parfois de taille importante. On y retrouve des percussions, des ouds, de l’accordéon, du qanun et des violons qui parfois occupent le devant de la scène avec des solos remarqués. Les paroles aussi sont importantes. Et l’influence de Siti Binti Saad a été considérable. Dans sa musique, elle allait même jusqu’à ridiculiser les comportements de certains hommes, notamment au lit. 

La chanteuse avait aussi à cœur de parler des injustices. Dans une chanson des années 30, elle raconte le procès raté d’un homme accusé d’avoir violé et tué une jeune fille à Zanzibar. Des décennies plus tard, pour se souvenir aussi d’une injustice coloniale, Bi Kidude choisit de chanter et d’enregistrer ce titre appelé Kijiti, du nom du meurtrier. 

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Du taarab au msondo

Après avoir porté le répertoire taarab, Bi Kidude va se consacrer à un autre style, rituel cette fois, appelé msondo. C’est un chant d’initiation pour les jeunes filles. Les cérémonies permettent aux femmes de s’emparer des instruments de musique, ce qui est rare dans la culture zanzibarienne. 

"Avec la danse et le chant, j’essaye d’apprendre aux futures mariées comment conserver leur mari en se faisant respecter.” Ce sont les mots de Bi Kidude dans une interview donnée pour Slate Afrique deux ans avant sa mort. On y apprend aussi qu’en participant à ces cérémonies, elle mettait en pratique ses pouvoirs de guérisseuse. La chanteuse connaissait bien les plantes, peut-être ce qui lui a permis de traverser les âges malgré sa consommation excessive de cigarettes et d’alcool. 

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