Samedi 1 avril 2017
10 min

Tintamarre ! Instruments de musique dans l'art, 1860-1910

Tintamarre ! Instruments de musique dans l'art, 1860-1910 Une exposition à voir au musée des impressionnismes de Giverny jusqu'au 2 juillet 2017.

Tintamarre ! Instruments de musique dans l'art, 1860-1910
Auguste Renoir (1841-1919) Jeune femme espagnole à la guitare, 1898 Huile sur toile, 55,6 x 65,2 cm Washington, National Gallery of Art, Ailsa Mellon Bruce Collection, 1970.17.76 , © Washington, National Gallery of Art

Découvrez la bande annonce de l'exposition...

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de l’exposition «Tintamarre !» au musée des impressionnismes de Giverny.

Savez-vous, d’où vient le mot «tintamarre» ? Il est formé du verbe «tinter», faire résonner, et de «marre», nom donné à une pelle utilisée dans les champs. Au Moyen Age, «faire tinter la marre» donnait le signal de la fin de la journée de travail et, avec le temps, le «tintamarre» est devenu synonyme de raffut joyeux. Avec cette exposition dont le titre claque comme une invitation à la fête, le musée des impressionnismes nous plonge dans l’effervescence artistique dans la seconde moitié du XIXème siècle.

À cette époque, la musique et la peinture connaissent des mutations sans précédent et les jeunes artistes, qu’ils soient musiciens ou peintres, fréquentent les mêmes cercles, avec une volonté commune d’inventer la modernité. Certains entendent même faire une synthèse des arts. Gauguin, par exemple, qui s’est essayé à de nombreux instruments, du bandonéon à la mandoline, considère la peinture comme un «art complet qui résume tous les autres». «Comme la musique, (elle) agit sur l’âme par l’intermédiaire des sens, les tons harmonieux correspondant aux harmonies des sons». Il compare même certains de ses tableaux à des poèmes musicaux…

C’est aussi une époque où les divertissements musicaux connaissent un essor sans précédent…

Oui, le quotidien est rythmé par la musique sous toutes ses formes, des fanfares aux airs d’opéra que l’on fredonne dans la rue, et les peintres captent cet air du temps musical. Eva Gonzales montre la fierté d’un enfant de troupe posant, les joues rosies, son clairon à la main. Gustave Doré, lui, fait ressentir la détresse des saltimbanques après la chute de leur enfant pendant le spectacle. Posés au sol, les instruments, une trompette et un tambourin, font référence à des symboles bibliques qui évoquent à la fois le deuil à venir et l’espoir d’un renouveau.

Les peintres profitent aussi de la multiplication des lieux de concert. Certains s’attachent à l’ambiance fiévreuse des cafés-concerts et des cabarets. D’autres se rendent sur les Champs Élysées aux «concerts Lamoureux», ces représentations classiques ouvertes les dimanches après-midi à un public populaire. Et il y a foule, si on en croit ce petit tableau bouillonnant, peint par Pierre Bonnard depuis les places les plus hautes, autrement dit les moins chères !

Quelles sont les autres manifestations de la musique dans la peinture de cette époque ?

La leçon de musique devient à nouveau un motif récurrent. Les artistes, qui redécouvrent alors Vermeer et Watteau, reprennent cette partition avec les codes de la modernité. Chez Manet ou Berthe Morisot, le piano, le violon, la guitare ou le banjo remplacent le clavecin et le luth. Et les sous-entendus érotiques ne sont plus de mise. Toute jeune fille de bonne famille se doit de faire ses gammes et le piano devient un accessoire de portrait, présent dans de nombreux ateliers d’artistes. On raconte que John Singer Sargent, pianiste doué, ponctuait les séances de pose d’intermèdes musicaux.

Mais la musique suggère aussi un ailleurs, un retour aux sources chez Gauguin, ou une Arcadie bucolique comme dans «Claude au flûtiau», le touchant tableau d’Henri Manguin, un peintre fauve dont le musée proposera cet été une belle rétrospective.

Jusqu’au 2 juillet au musée des impressionnismes à Giverny.