Samedi 15 octobre 2016
7 min

Mexique (1900-1950)

La nouvelle exposition du Grand Palais du 5 octobre au 23 janvier 2017

Ce matin, Cécile Jaurès,nous parle de l’exposition «Mexique 1900 - 1950», qui se tient actuellement au Grand Palais.

Cinq ans après l’annulation en catastrophe de l’Année du Mexique en France, suite à l’affaire Florence Cassez emprisonnée pour complicité dans un trafic de drogue, la voilà enfin la grande exposition sur l’art moderne mexicain. Contrairement aux Etats-Unis qui montrent souvent et depuis longtemps les œuvres de leur voisin, la France était en retard. Bien sûr, le musée du Quai Branly nous a donné plusieurs fois l’occasion d’admirer l’art maya, et le musée de l’Orangerie a organisé en 2013 un joli face-à-face entre Frida Kahlo et Diego Rivera, mais jamais un musée n’avait offert une telle vue d’ensemble de la modernité mexicaine.

Dans la foulée de l’accord de coopération culturelle signé l’an dernier entre le Mexique et la France, le Grand Palais a coproduit l’exposition avec le Museo Nacional de Arte de Mexico. Ce sont plus de 200 œuvres qui ont traversé l’Atlantique, parfois pour la première fois. L’ensemble est inégal, certains chefs d’œuvre côtoient des toiles de moindre qualité, mais l’exposition a le mérite de refléter la diversité et la vitalité de cette scène artistique durant la première moitié du XXème siècle.

Le parcours est-il chronologique ?

Oui, il montre comment on passe, au fil des décennies, d’un art académique, influencé par les avant-gardes européennes, à un art national, nationaliste même, qui a pour ambition de «peindre l’âme mexicaine». À la fin du XIXème siècle, les peintres mexicains voyagent beaucoup, notamment grâce aux bourses que leur octroient le gouvernement : ils vont absorber les courants artistiques du Vieux Continent, comme le réalisme ou le symbolisme, pour inventer leur propre esthétique.

Prenez Diego Rivera par exemple. Il débarque à Paris en 1909, à 23 ans. Très vite, il expose avec Matisse, Bonnard et Signac. Il devient même un membre éminent de l’École de Paris. C’est intéressant de voir au fil des salles son style évoluer. Il est tantôt influencé par le post-impressionnisme, comme dans ce splendide portrait de son ami Adolfo Best Maugard devant la grande roue de l’Exposition Universelle de 1900. Tantôt, ses compositions sont franchement cubistes, tel ce «paysage zapatiste», peint au 1915, qu’il accusera d’ailleurs Picasso d’imiter !

Dans quelle mesure la Révolution zapatiste va-t-elle marquer l’art de son empreinte ?

Dans le chaos des années 10 - 20, certains artistes vont rester en exil, d’autres vont rentrer au pays et s’impliquer dans le conflit, en diffusant les idéaux défendus par la Révolution ou en pointant sa brutalité. La guerre civile, qui fit près de deux millions de morts sur quinze millions d’habitants, inspirera par exemple à José Clemente Orozco des toiles d’une grande force visuelle, à l’image de cette tête bardée de flèches ou de ces scènes de violence croquées à l’encre.

Après 1920, les artistes vont contribuer à bâtir une nouvelle identité nationale, en mixant les racines préhispaniques, les traditions populaires et les espoirs d’un futur radieux. Cette aspiration est parfaitement résumée par un magnifique diptyque d’Angel Zarraga : Dans «La frontière septentrionale du Mexique» et «La corne d’abondance» apparaissent à la fois une indienne aux cheveux nattées, des motifs floraux traditionnels et des gratte-ciels triomphants. C’est également la grande époque du «muralisme», ces fresques monumentales destinées à éduquer les classes populaires. Elles n’ont malheureusement pas pu être transportées à Paris. En attendant d’aller les découvrir sur place, l’exposition au Grand Palais dure jusqu’au 23 janvier.

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