Samedi 17 juin 2017
10 min

Medusa : Bijoux et taboux

Une exposition à voir au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris jusqu'au 5 novembre 2017.

Medusa : Bijoux et taboux
Betony Vernon, Coffret et accessoires érotiques The Boudoir Box (fermé), 1999-2000 Argent massif, cuir, plumes 69 x 33 x 19 cm Collection de l’artiste, © Betony Vernon

Bonjour Jean-Baptiste. Je voudrais vous poser une question un peu indiscrète : est-ce qu’il vous arrive de porter des bijoux ?

En fait, vous êtes (ou pas) parfaitement représentatif de la façon dont les hommes, en tout cas en Occident, se sont détachés, méfiés progressivement du bijou. Ça n’a pas toujours été le cas. Saitn Simon raconte que Louis XIV, qui adorait aussi porter des talons, recevait l’ambassadeur de Perse dans un habit très lourd, entièrement couvert de diamants. Mais avec le siècle des Lumières, puis la révolution, les hommes ont commencé à rejeter ces ornements jugés trop précieux, trop ostentatoires, pour adopter une allure de plus en plus stricte et fonctionnelle, un costume sombre destiné à l’action. Au mieux, ils ont gardé l’alliance de leur mariage, parfois une chevalière en signe d’appartenance sociale ou une décoration, et puis surtout une montre, si possible d’aviateur ou de plongée, pour bien marquer là encore, la distance avec les bijoux futiles réservés, désormais, aux femmes.

Alors, si je vous raconte tout ça, c’est parce que le musée d’art moderne de la Ville de Paris consacre pour la première fois dans un musée français une grande exposition aux bijoux et à leurs tabous dans notre société. Précisons d’emblée: il ne s’agit pas d’une exposition de « marques », vitrine d’un grand joaillier, comme on a pu en voir récemment au Grand-Palais ou au musée Arts décoratifs. La commissaire Anne Dressen a préféré réunir près de 400 pièces exceptionnelles, certaines ethniques ou historiques, mais aussi des bijoux d’artistes comme Calder, Salvador Dali, Meret Oppenheim, et beaucoup de créations contemporaines drôles, surprenantes, ou provocantes qui jouent avec tous les codes entourant le bijou.

Vous pouvez nous donner des exemples ?

Bien-sûr. Par exemple, contre l’idée que le bijou doit être forcément précieux, une artiste comme Anni Albers crée, dès les années Trente en Amérique, un collier avec un bouche-évier et des trombones, inspirés des parures des Indiens. Et elle ouvre ainsi la voie à toute une vague de colliers contemporains, souvent somptueux, faits à partir de pneu ou même de papier d’emballage de boucher… Les créateurs s’amusent aussi du rapport du bijou au corps, en dessinant des pièces énormes évoquant des sculptures ou des prothèses comme le designer néerlandais Gjis Bakker, inventeur d’un tour de cou tellement large qu’il paraît soutenir la tête. D’autres se servent encore du bijou pour mouler et ainsi souligner la forme des seins, de la bouche, voire même de particularités a priori moins séduisantes, comme les rides. Toujours dans un esprit ludique et subversif.

En fait, le bijou, comme le vêtement d’ailleurs, est un marqueur d’identité qui dit beaucoup de notre appartenance sociale, de notre époque, mais aussi de la liberté que s’autorise chaque individu. Des communautés marginales arborent ainsi des bijoux, notamment des bijoux masculins, en signe de contestation de la norme. On pense aux épingles à cravate des dandys, aux bagues macabres de certains motards, ou aux épingles à nourrice des punks. Dans un autre registre, Madeleine Albright, l’ancienne chef de la diplomatie américaine sous Clinton, a raconté qu’à chaque rendez-vous important avec un chef d’état, elle arborait une broche particulière, une colombe, une abeille, ou un crabe, pour envoyer une sorte de message subliminal à son interlocuteur.

L’exposition « Medusa bijoux et tabous » au musée d’art moderne de la ville de Paris, dure jusqu’au 5 novembre