Samedi 22 avril 2017
10 min

Marc Desgrandchamps exposé au Musée des Beaux-Arts de Caen

Dans le cadre d’un nouveau cycle d’expositions intitulé Résonance, le musée invite désormais chaque année un artiste contemporain. Pour le premier cycle, le Musée des Beaux-Arts de Caen invite le peintre Marc Desgrandchamps.

Marc Desgrandchamps exposé au Musée des Beaux-Arts de Caen
Sans titre, 2016 - huile sur toile - courtesy galerie Lelong., © Marc Desgrandchamps (cliché T. Da Cunha)

Du 3 Mars au 27 Aout 2017

http://mba.caen.fr/fr/exposition/marc\-desgrandchamps

Sabine Gignoux, ce matin vous nous emmenez au musée des Beaux-Arts de Caen dans le Calvados, découvrir la peinture de Marc Desgrandchamps…

Oui Clément. Il y a 30 ans exactement, les tableaux du jeune Marc Desgrandchamps et deux autres artistes avaient fait scandale au Centre Pompidou. Pourquoi ? A l’époque, cette peinture figurative, héritière d’une certaine tradition classique, passait pour réactionnaire. En France, les tenants de l’avant-garde avaient décrété la mort de la peinture. C’était absurde évidemment. Et en 2002, une nouvelle exposition au Centre Pompidou, intitulée « Cher peintre » a remis les pendules à l’heure en célébrant de grands d’artistes toujours vaillamment attachés à leur pinceau en Angleterre, en Belgique, en Allemagne… Du coup, on a pu regarder les tableaux de Marc Desgrandchamps d’un autre œil, lavé de préjugés. Une rétrospective lui a été consacré en 2011 au musée d’art moderne de la ville de Paris. Et aujourd’hui le musée des Beaux-Arts de Caen expose une vingtaine de ses tableaux récents : de grands paysages aux tons bleus verts mélancoliques, sur lesquels se détachent des figures monumentales, souvent de dos ou avec un visage abstrait, énigmatique...

Mais vous disiez que Marc Desgrandchamps s’inscrivait dans une certaine tradition classique…

Oui, il cite volontiers, parmi ses influences, des peintres comme Max Beckmann, Carlo Carrà ou même Piero della Francesca dont il reprend la palette claire et les compositions très construites. Mais en même temps, Marc Desgrandchamps s’inscrit résolument dans notre monde contemporain, saturé d’images. Sa peinture est toujours un collage superposant, avec des effets de transparence, des souvenirs personnels et des vues glanées dans la presse, sur internet ou au cinéma. Ses polyptyques au format panoramique rivalisent d’ailleurs ouvertement avec le grand écran. Par exemple, ce tableau de 2007 où l’on voit comme dans un western, le décor du grand canyon, un cheval au galop, deux silhouettes d’indiens mais aussi, au fond, des velociraptors comme échappés de Jurassic park, une fillette en tongs et dans le ciel un minuscule parapente… Comme si l’artiste avait voulu condenser en une seule image toute l’épaisseur de temps, la succession des vies qui ont peuplé ce territoire.

Le musée de Caen a aussi de très belles collections. Marc Desgrandchamps dialogue-t-il aussi avec elles ?

Oui, on peut s’amuser à retrouver dans ses tableaux quelques détails empruntés à un tableau de Véronèse et aussi à un paysage montrant le Stromboli. En fait, tout l’art de Marc Desgranchamps est une méditation sur la fugacité des sensations que l’artiste avec son pinceau essaie désespérément de fixer, de retenir. En vain. Car que garde-t-il au bout du compte, si ce n’est des images fragmentaires, évanescentes comme le souvenir ? La peinture n’est qu’une illusion, on le sait depuis Pline l’Ancien qui raconte le duel de Zeuxis et Parrhasios. Le premier avait peint des raisins si réalistes que des oiseaux étaient venus les picorer. Alors le second a fait apporter un tableau représentant un rideau peint que son rival a voulu tirer, avant de s’avouer vaincu. Eh bien, Marc Desgrandchamps a illustré Pline l’Ancien. Et vous verrez des rideaux peints au bord de certains de ses tableaux. Vous verrez aussi des oiseaux posés sur sa peinture, parfois même de grandes déchirures tracées sur ses compositions. Cet artiste-là continue à peindre au XXIe siècle, sans rien cacher des limites et de la fragilité de son art. Et c’est ce qui en fait la beauté.