Samedi 10 septembre 2016
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Le Grand Condé

Ce matin, Cécile Jaurès, nous emmène au domaine de Chantilly qui rend hommage à l’un de ses anciens et prestigieux propriétaires, Louis II de Bourbon, prince de Condé, surnommé le Grand Condé.

L’exposition ouvre sur une belle surprise comme en réserve parfois l’histoire de l’art. Pendant des siècles, les fidèles de l’église de Corsaint, en Côte d’Or, ont cru prier devant un «Jugement de Salomon» datant du XVIIème siècle. En 2013, la restauration de la toile monumentale, de trois mètres sur deux, a révélé qu’il s’agissait en fait d’un tableau païen : une «Allégorie à la gloire de Louis XIV et du duc d’Enghien», disparue au XVIIIème siècle sous des repeints grossiers.
Au centre de la composition, trône le jeune roi en cuirasse antique. Le peintre l’a un peu vieilli car il est en réalité à l’époque âgé de cinq ans. A sa gauche, son cousin le duc d’Enghien, de quinze ans son aîné, le protège, un bâton de commandement à la main. Au pied du trône, deux nations se prosternent. On reconnait notamment l’Espagne, sous les traits d’une femme aux cheveux noirs flanquée d’un lièvre, symbole de ce pays depuis l’Antiquité. Ce tableau, peint vers 1643, fait référence à la bataille de Rocroi pendant laquelle le duc d’Enghien repoussa vaillamment, à 21 ans seulement, les armées espagnoles et gagna son surnom de «Grand Condé».

L’exposition nous brosse le portrait d’un grand chef militaire.

Toute la première partie du parcours retrace les nombreux faits d’armes de ce prince guerrier. Armures, prises de guerre, tableaux commémoratifs de bataille mais aussi de nombreux portraits d’apparat mettent en avant la figure du héros. On le pare fréquemment des attributs d’Hercule ou d’Alexandre, enfin jusqu’à ce que Louis XIV confisque, à son profit, ces emblèmes. Comme le Roi-Soleil, avec qui il entretint des rapports complexes, le Grand Condé fit de l’art un redoutable outil de propagande politique. Grâce aux commandes de son clan, les puissants Bourbon-Condé, il fut l’un des personnages le plus représentés à son époque. Sur les peintures réalisées par Juste d’Egmont ou Pierre Mignard, sur les bustes en bronze signés Antoine Coysevox, on reconnaît en un clin d’œil son profil d’aigle, sa longue chevelure bouclée, son allure fière et ombrageuse. Parfois, d’un tableau à l’autre, les traits sont identiques et seul le costume change. C’est un curieux effet de miroir.

Le Grand Condé vouait une passion aux arts et aux lettres…

Il a fait de Chantilly un Versailles bis. Pour ses travaux, il fait appel aux mêmes artistes que Louis XIV, comme le jardinier André Le Nôtre ou le peintre Charles Le Brun. Il organise de somptueuses fêtes pour impressionner la cour, à l’image de celle rendue tristement célèbre par le suicide du chef cuisinier Vatel. Lors des réceptions, le Grand Condé fait fréquemment jouer des comédies ou tragédies-ballets comme le «Psyché» de Lully. On le dit amateur également de musique militaire et, à la fin de sa vie, de musique sacrée. Il a aussi des goûts plus avant-gardistes. Il protège La Fontaine et Boileau il défend Molière au moment de la querelle du Tartuffe… En peinture, il collectionne les Italiens comme tous les grands de son temps mais aussi, plus original, les peintres flamands, comme en témoigne deux superbes portraits de Van Dyck, fleurons du musée.

Jusqu’au 2 janvier, au jeu de Paume du Domaine de Chantilly. Dans le château, ne manquez pas l’impressionnante collection de peintures anciennes, la deuxième en France après le Louvre, avec des toiles de Raphaël, de Clouet, de Watteau, d’Ingres…

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