Samedi 18 février 2017
10 min

La Modernité en Bretagne (de Claude Monet à Lucien Simon)

Une exposition à voir au Musée de Pont-Aven jusqu'au 11 juin.

La Modernité en Bretagne (de Claude Monet à Lucien Simon)
Port de Camaret 1872, Eugène Boudin (huile sur toile, 55,5 x 89,5) Paris, Musée d'Orsay

Ce matin, Cécile Jaurès nous parle du Musée de Pont-Aven et de sa dernière exposition consacrée à «La modernité en Bretagne».

Pont-Aven, est une charmante petite ville du sud du Finistère, entre Quimper et Lorient. Ce n’est pas au bord de l’Océan mais l’Aven, un fleuve côtier, serpente au milieu des moulins, des lavoirs et des maisons en pierre aux toits d’ardoise. Ce paysage pittoresque, et la luminosité particulière qui y règne, ont attiré dès l850 une colonie d’artistes, notamment américains et anglais. Il fallait effectuer à l’époque un véritable périple pour venir dans ce coin reculé mais, à l’arrivée, de bonnes auberges, tenues par des femmes à poigne comme Mademoiselle Julia, fournissaient le gîte et le couvert mais aussi des ateliers dotés de grandes verrières. Le tout pour une somme modique, les hôtesses acceptant même d’être payées en tableaux !

C’est là qu’est née l’École de Pont-Aven…

Tout à fait, c’est dans cet écrin de granit, entouré de champs et de forêts, qu’est apparu, à la fin du XIXème siècle, un mouvement esthétique dominé par deux figures fortes, Paul Gauguin et Émile Bernard. À l’époque, on ne parle pas de l’école de Pont-Aven mais de «synthétisme», que l’on reconnaît à sa simplification des formes, à ses aplats de couleurs pures, comme sorties du tube, cernés de noir ou de bleu foncé et à des cadrages singuliers, souvent inspirés des estampes japonaises.

En 1985, un petit musée avait ouvert ses portes à Pont-Aven pour raconter cette histoire, à travers des expositions temporaires. Mais, il y a trois ans, la ville s’est lancée dans un projet nettement plus ambitieux : rénover de fond en comble le musée et, surtout, en doubler la surface pour pouvoir y présenter une collection de près de 140 œuvres acquises grâce aux dons et à la très active Association des amis du musée. Moins d’un an après la réouverture, on peut dire que le pari est tenu : plus de 122 000 visiteurs sont venus admirer les peintures de Paul Sérusier, de Maurice Denis mais aussi onze œuvres sur papier signées Gauguin, comme ces deux magnifiques visages de bretonnes crayonnées au pastel.

L’exposition qui vient de démarrer embrasse un vaste sujet : la modernité en Bretagne.

Elle montre combien, en marge de la fameuse école de Pont-Aven, la Bretagne fut une terre d’élection pour de nombreux artistes, y compris des peintres qu’on associe plus volontiers à la Normandie, comme Eugène Boudin et Claude Monet. Sachez que Boudin a peint plus de 400 tableaux en Bretagne ! Quant à Monet, son unique séjour à Belle-Île fut très prolifique avec 39 toiles en dix semaines, dont cette vivifiante «Tempête», prêtée par Orsay, qui ouvre le parcours. Dans le sillage des grands maîtres, on (re)découvre de nombreux artistes, comme l’australien John-Peter Russell, qui surprend avec son paysage de Belle-Île sous la neige, ou Ferdinand Loyen du Puigaudeau, dont le trait japonisant sublime un vieux figuier aux couleurs automnales. Des toiles qui proviennent pour la plupart de collections privées et que je vous invite à aller voir avant qu’elles ne retournent dans l’ombre.