Samedi 13 mai 2017
10 min

La collection Bührle à la Fondation de l'Hermitage

La collection Bührle à la Fondation de l'Hermitage
Champ de coquelicots près de Vétheuil, vers 1879 huile sur toile, 73 x 92 cm. Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich, © SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de la collection Bührle exposée à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, en Suisse.

La Fondation de l’Hermitage est l’écrin idéal pour présenter des collections privées. Avec ses grandes fenêtres donnant sur le lac Léman et les montagnes, ses parquets en bois précieux, cette villa du XIXème siècle conserve une atmosphère intime, chaleureuse, tout en offrant des salles plutôt spacieuses. Une exposition nous raconte cette fois l’histoire d’Emil Georg Bührle, une figure assez controversée en Suisse.

Bührle est né dans le sud-ouest de l’Allemagne en 1890. D’origine modeste, il étudie l’histoire de l’art à Munich et découvre la peinture impressionniste lors d’un passage de Berlin en 1913. Mais la première Guerre mondiale éclate et il va passer presque quatre ans dans les tranchées. Après l’armistice, Bührle épouse la fille d’un riche banquier et, en 1924, il est envoyé à Zurich à la tête d’une usine de machines-outils. Il sera naturalisé en 1937 et restera en Suisse jusqu’à sa mort, vingt ans plus tard.

Comment a-t-il fait fortune ?

Il est devenu l’industriel le plus riche de Suisse en produisant des canons, qu’il a vendu, avant-guerre, aux Anglais et aux Français puis à la Wehrmacht, avec la bénédiction du gouvernement fédéral qui entendait garder de bonnes relations avec l’Allemagne conquérante. Évidemment, après-guerre, Bührle deviendra le symbole des compromissions honteuses et verra sa réputation brisée. Sur les 76 œuvres d’art qu’il a acheté pendant la guerre, à des marchands ayant pignon sur rue, comme la galerie Fischer, treize seront considérées comme «spoliées» lors d’un retentissant procès en 1948.

Bührle, qui a toujours nié connaître la provenance douteuse de ces œuvres, en restituera quatre et il rachètera les neuf autres à leurs propriétaires. «La Liseuse» de Corot, délicat portrait visible dans l’exposition, appartenait par exemple au marchand d’art Paul Rosenberg, dont le musée Maillol retrace actuellement la carrière. Ces deux hommes d’affaires vont d’ailleurs entretenir par la suite d’étroites relations. Car il faut savoir que les trois quarts des six cent œuvres de la collection Bührle ont été achetés au début des années 50. À la mort du collectionneur en 1956, en l’absence de testament, sa veuve a attribué un tiers à chacun de ses enfants, et un tiers à une fondation. C’est cet ensemble qui ira rejoindre, en 2020, la nouvelle extension du musée des Beaux-Arts de Zurich.

Faut-il y voir une forme de réhabilitation de Bührle ?

En quelque sorte. Il faut dire que la collection, centrée sur les Impressionnistes et les Nabis, compte un certain nombre de toiles magnifiques. La Fondation de l’Hermitage en présente une cinquantaine : «Champ de coquelicots près de Vétheuil» de Monet, «Le semeur, soleil couchant» de Van Gogh, ou encore ce sublime «Portrait de Mademoiselle Irène», au visage de porcelaine, peint par Renoir.

On voit aussi, et c’est plus rare, deux faux : un autoportrait de Rembrandt acquis en 1945 et un de Van Gogh, acheté trois ans plus tard. Le parcours de ces deux toiles, retracé dans une salle, nous en apprend beaucoup sur la façon dont les faux sont introduits sur le marché de l’art. C’est passionnant.

Jusqu’au 29 octobre à la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne.