Samedi 3 juin 2017
10 min

Fernand Léger. Le Beau est partout.

Une exposition à voir jusqu'au 30 octobre au Centre Pompidou-Metz.

Fernand Léger. Le Beau est partout.
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David, 1948 - 1949, © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. RMN-GP

Sabine Gignoux nous emmene ce matin au Centre-Pompidou Metz pour découvrir une exposition consacrée au peintre Fernand Léger…

Fernand Léger aurait sans doute aimé voir ses œuvres accrochées dans cette antenne décentralisée du Centre Pompidou. Lui qui avait adhéré au parti communiste en 1945, rêvait de faire un art pour les classes populaires. Or ce musée implanté en terre Lorraine, accueille et c’est assez rare pour être noté : 30% d’ouvriers et d’employés.

L’exposition, conçue par Ariane Coulondre réunit 140 œuvres. Et elle est d’autant plus intéressante que ce n’est pas une rétrospective classique. Souvent, on se contente d’aligner les peintures de Léger et puis dans un coin, on projette son film expérimental, Le Ballet mécanique, où l’on voit défiler en accéléré un visage et des objets en gros plan. Là, il y a une section entière consacrée aux projets de Fernand Léger pour le cinéma, et l’on voit qu’ils sont nombreux. Une salle présente aussi ses décors pour les ballets suédois. Par exemple, Skating Rink en 1921, sur une musique d’Arthur Honegger, où les danseurs, juchés sur des patins à roulettes, sont réduits à de simples éléments colorés qui animent le décor de Léger. Une autre section évoque ses peintures murales, ses vitraux et toutes ses collaboration avec des architectes. Bref, on découvre un Fernand Léger qui sort sans cesse du cadre de la peinture de chevalet, passionné par le monde du spectacle et par la ville. Parmi tous ses projets, il voulait employer les 300 000 chômeurs de Paris pour gratter les maisons et pouvoir, le soir, avec des avions et des projecteurs, inonder la capitale de couleurs vives et mobiles. Pas mal, non ?

Il était très fasciné par le monde moderne…

En effet, un peu comme les futuristes italiens. Fernand Léger avait fêté ses 20 ans au tournant du XXe siècle. Il était le fils d’un marchand de bœufs d’Alençon. Et dans ses tableaux, il apparaît captivé d’emblée par les machines industrielles, la vitesse et les lumières de la ville, les enseignes publicitaires. C’est un pionnier du Pop art, en fait. En 1916, il a été envoyé comme brancardier à Verdun. Il a vu les hommes se faire déchiqueter comme des pantins. Il a été aussi « ébloui, dit-il par une culasse de canon de 75, ouverte en plein soleil ». Et l’on retrouve l’éclat de ces tubes de métal gris dans ses peintures cubistes, rehaussées de couleurs vives. Ses figures ressemblent parfois à des éléments mécaniques, des mannequins. Mais Léger s’amuse. C’est un incurable optimiste qui adore le cirque et les bals populaires, tous ces lieux où les hommes abandonnent un peu de leur pesanteur terrestre pour tourbillonner, s’évader dans les airs. Dans certains tableaux, ses danseurs ou ses plongeurs semblent même voler.

Au fond, c’était un artiste utopique, non ?

Comme son ami le Corbusier ou d’autres, à l’époque. Léger pensait, par exemple, que la couleur pouvait aider à soigner les hommes. Il avait fait un projet en ce sens pour le nouvel hôpital de Saint Lo dans la Manche, bâti par Paul Nelson. Il rêvait d’une société solidaire comme dans son tableau Les Constructeurs, où l’on voit sur un échafaudage en plein ciel, des ouvriers porter ensemble des poutres métalliques. Bon, quand ce tableau a été exposé en 1953 dans la cantine des usines Renault-Billancourt, les travailleurs et les militants CGT n’ont pas aimé son style avant-gardiste. Mais allez le voir à Metz, c’est un jeu de construction à la Mondrian, assemblé par des hommes acrobates, un hymne formidable à la modernité !