Samedi 4 février 2017
10 min

L'exposition Odile Redon "La Nature silencieuse" au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

L'exposition Odile Redon "La Nature silencieuse" au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Exposition Odile Redon au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Bordeaux consacrée aux paysages d’Odilon Redon, intitulée «La nature silencieuse».

Elle dévoilait ses sombres paysages intérieurs, peuplés de monstres inquiétants et de créatures hybrides. L’ambiance est bien différente dans l’hommage que le musée des Beaux-Arts de Bordeaux lui rend à l’occasion du 100ème anniversaire de sa mort. L’exposition, co-organisée avec le musée des Beaux-Arts de Quimper, où elle voyagera au printemps, explore la relation du peintre aux paysages qui l’entourent.

Cette «nature silencieuse», comme l’indique joliment le titre, prend racine dans l’enfance solitaire de l’artiste sur les terres familiales de Gironde. Redon, grand romantique, aurait voulu naître sur le navire qui ramenait ses parents de Louisiane, mais il est né à Bordeaux, dans un appartement bourgeois. Très vite, l’enfant à la santé fragile est exilé à la campagne et confié à une nourrice chez le vieil oncle qui gère le domaine viticole de Peyrelebade dans le Médoc. Jusqu’à ses onze ans, âge auquel il va revenir vivre auprès de ses parents et entrer enfin à l’école, Odilon Redon va passer l’essentiel de ses journées à arpenter les terres arides qui entourent la propriété.

C’est de là que vient son goût pour les paysages désertiques ?

Sûrement. Il avoue dans son journal, publié après sa mort sous le titre «À soi même», son attirance pour le «mystère qui se dégage des solitudes». Ancré dans le terroir aquitain, Redon ne peint pas les vignes, façonnées par l’homme, il leur préfère la lande sauvage, un espace dont il parvient à faire ressentir l’immensité dans des peintures pourtant de petits formats. Parfois, un cheval accroche le regard mais la plupart du temps, il n’y a pas âme qui vive dans ces étendues désolées. Ces paysages à l’horizon infini, frisant parfois l’abstraction, ont été peu montrés, y compris du vivant de l’artiste qui les appelaient ces «petites gammes» et les conservaient dans le secret de l’atelier.

On y voit sa fascination pour les nuages, où son père l’incitait, enfant, à deviner «des apparitions d’êtres bizarres, chimériques et merveilleux». Ces ciels lumineux ou menaçants, peints sur le motif, ne sont au départ peuplés d’aucune créature fantastique mais Redon dira avoir besoin de copier le réel avec précision pour que survienne «l’ébullition mentale», celle qui libère l’imaginaire. Le musée expose d’ailleurs ses nombreuses études autour du motif de l’arbre ou des rochers. Ces séries de troncs dénudés et de pierres esseulées se nourrissent des découvertes botaniques et géologiques de l’époque tout en traduisant la profonde mélancolie de l’artiste.

Odilon Redon n’a-t-il peint que le paysage aquitain ?

Non, l’exposition nous fait voyager de la Bretagne à Barbizon, des Pyrénées à l’Italie, mais il est souvent difficile de reconnaître les lieux qu’il a peint tant il en gomme tous les éléments pittoresques. À Venise, par exemple, il représente un quartier de pêcheurs, dont les contours incertains sont comme masqués par une brume de chaleur. Au sous-sol de la galerie, le paysage bascule totalement dans la fantasmagorie et l’on retrouve les œuvres qui l’ont fait connaître, notamment les fameux «noirs» réalisés au fusain à l’aide, figurez-vous, de sarments brûlés du Médoc !

Jusqu’au 26 mars au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
Un petit livret intitulé «Sur les pas d’Odilon Redon» permet de retrouver dans Bordeaux les lieux qui ont compté dans la vie de l’artiste. On peut, sur réservation, visiter le domaine de Peyrelebade, qui appartient désormais à la famille Rothschild.