Samedi 24 septembre 2016
9 min

L'exposition Joaquin Sorolla

Au musée des impressionnismes de Giverny, jusqu'au 6 novembre.

Ce matin, Cécile Jaurès, nous emmène à Giverny, dans l’Eure, où le musée des Impressionnismes met en lumière le peintre espagnol Sorolla.

Joaquin Sorolla y Batista, de son nom complet, fait partie de ces peintres salués de leur temps puis tombés dans un relatif oubli. Du moins en France, car en Espagne, il est adoré du public. À Madrid, sa maison transformée en musée est l’un des lieux les plus visités de la ville.
En France, sa redécouverte date des années 2000, lors d’expositions collectives au Petit Palais ou à l’Orangerie. Cette fois, à Giverny, il occupe toutes les cimaises avec une cinquantaine de toiles et autant d’esquisses, venues des musées de Madrid, de New-York, de La Havane, mais aussi de nombreuses collections privées.

Comment explique-t-on cette traversée du désert ?

Elle est d’autant plus curieuse que Sorolla a connu un immense succès à Paris, à l’orée du XXème siècle. Né à Valence, en Espagne, en 1863, il avait découvert la ville Lumière à 22 ans, invité par Pedro Gil Moreno de Mora, un riche entrepreneur. Comme Sorolla se méfie des marchands d’art, c’est son ami qui se chargera longtemps de recevoir ses œuvres, de les présenter aux Salons et, surtout, de le renseigner sur les attentes du public parisien.

Sorolla n’a donc rien d’un artiste maudit…

Dès ses débuts, il a l’ambition de devenir un peintre mondialement reconnu, notamment pour mettre sa jeune épouse et leurs trois enfants à l’abri du besoin. Dans ce but, il va réaliser de grandes toiles naturalistes «de dénonciation sociale», très appréciées des jurys des Salons. L’exposition de Giverny en a rassemblé plusieurs. «La traite des Blanches» dépeint, avec grâce, de jeunes prostituées assoupies dans un train, sous l’œil de leur maquerelle, vêtue de noir.

On peut également admirer « Triste héritage » où des enfants rachitiques profitent des bienfaits de la mer. Leurs corps malingres léchés par les vagues, ils avancent prudemment, éblouis par le soleil. Ce sont des peintures fortes, touchantes, où l’on ressent la profonde compassion de l’artiste. Il dit chercher à «atteindre la vérité sans dureté». Rappelons que Sorolla vient d’un milieu modeste. Orphelin à deux ans, il a été élevé par un oncle serrurier et il étudiera aux Beaux-Arts en Italie grâce à une bourse.

Peut-on dire que Sorolla est un impressionniste ?

Pas réellement. Bien sur, Sorolla est influencé par les peintres de son temps. Il emprunte aux impressionnistes la liberté de la touche, le chatoiement des couleurs pures. Mais il ne se revendique d’aucun mouvement. Son grand modèle reste Diego Velasquez, dont il copie tout au long de sa vie les œuvres accrochées au musée du Prado. Pourtant, aux tonalités sombres de Velasquez, Sorolla préfère souvent l’éclat du soleil. Il excelle à peindre ses reflets sur la mer et sur les corps, lors de joyeuses scènes de baignade familiale.

Et surtout, il maitrise parfaitement la palette des blancs qui se parent, sous ses pinceaux, de mille et une nuances, tantôt bleutées, tantôt rosées. En témoignent cette toile magistrale, venue de Venise, où des femmes recousent une immense voile de bateau ; ou «Mère», ce portrait intimiste de son épouse bien-aimée venant de donner naissance à leur dernière fille. Les draps du lit forment un camaïeu de tons laiteux et crémeux, d’où émergent les deux visages endormis. Cette toile respire la sérénité et l’harmonie.

Jusqu’au 6 novembre, au musée des Impressionnismes de Giverny, où l’on peut visiter la maison-atelier et le jardin de Monet, beau en toute saison.

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