Samedi 29 octobre 2016
4 min

L'exposition Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

L'exposition Bernard Buffet est au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris jusqu'au 26 février 2017.

Teaser | Exposition Bernard Buffet | Musée d...par paris_musees

Ce matin, Sabine Gignoux nous parle de Bernard Buffet.

C’est un jeune homme, qui se présentait dans ses premiers tableaux, comme très maigre, très pâle, avec des traits anguleux et des cernes noirs. Un artiste célèbre à vingt ans, rapidement millionnaire, puis violemment rejeté par la critique et les musées français. Ça ne vous rappelle rien ? Allez, je vous aide : c’est Bernard Buffet. Ce peintre, qui s’est suicidé en 1999, revit aujourd’hui à travers une grande rétrospective au musée d’art moderne de la ville de Paris, et une exposition au musée Montmartre.

Vous retenez une grimace, Clément ? Peut-être pensez-vous, à ces Clowns de Buffet qu’on a vu fleurir en poster dans la France gaulliste, jusqu’à la
nausée ?...

C’est vrai, Bernard Buffet a eu le tort –aux yeux des élites- de devenir ultra-populaire, au moins jusqu’en 1958. Cette année-là, sa rétrospective à la galerie Charpentier à Paris a attiré 100 000 visiteurs. Du jamais vu pour une exposition privée ! Dix ans plus tôt, Buffet, à 20 ans, avait déjà reçu le prix de la critique, trouvé un marchand et vendu des œuvres. Dans l’immédiat après-guerre, ses tableaux, faits de draps cousus, avec très peu de couleurs (elles étaient encore difficiles à trouver) témoignaient de la dureté de l’époque. Les personnages de Buffet sont aussi longilignes que les sculptures de Giacometti, aussi inatteignables avec leur regard absent. Les fonds sont griffés avec une grande violence. Et pourtant ces tableaux ont une beauté austère, très construite avec des lignes géométriques qui rivalisent avec l’art abstrait. On sent un peintre ambitieux, rien qu’à la taille de sa signature. Buffet n’hésitait pas à peindre sur grands formats une Crucifixion inspirée de Grünewald, un Autoportrait sur le modèle de Dürer ou un triptyque sur l’Horreur de la Guerre, lorgnant du côté de Picasso et Goya.

Pourquoi est-il brutalement tombé en disgrâce ?

Il est devenu très riche. Il s’est offert une rolls, un château. Il a posé dans Match, causé à la télévision, participé au jury du festival de Cannes. Il a quitté Pierre Bergé pour épouser une chanteuse mannequin de Saint Germain des Prés. Il a peint des portraits de de Gaulle, du chancelier allemand et même de Mao pour la Une de grands magazines. Bref, il est devenu une vedette et on ne lui a pas pardonné. Et lui qui était un fou de peinture, il s’est alors lancé dans une espèce de course à la nouveauté. Il s’est mis à changer de style et de thème tous les ans, à essayer des choses très radicales, des écorchés hallucinées, des scènes de bordels fardées de couleurs criardes, des tableaux proches de la bande dessinée. Il a peint des singes, des voitures, des corridas, des insectes puis à la fin, des squelettes. Et tout ce tourbillon a dérouté, même si certains n’ont jamais cessé de le soutenir comme son galeriste Maurice Garnier, et des collectionneurs, notamment au Japon où Bernard Buffet a un grand musée.

Est-ce que ces expositions vont le réhabiliter ?

Honnêtement, c’est une peinture mal aimable, qui dérange encore, un peu comme les derniers Picasso qui ont mis du temps à être aimés du public. Mais on mesure déjà les liens de Bernard Buffet avec l’art contemporain. Par exemple, avec les artistes de la figuration narrative, eux aussi intéressés par la BD. Ou avec le courant de la Bad painting, cette peinture en apparence bâclée, qui bouscule le bon goût avec énergie. Alors regardons, attendons. Et qui sait ? En art, on a parfois besoin de temps pour digérer.

Mots clés :