Samedi 26 novembre 2016
10 min

Jade, des Empereurs à l'Art déco

Une exposition à voir au Musée Guimet du 19 octobre au 16 janvier.

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de l’exposition « Jade, des empereurs à l’art déco » qui se déroule en ce moment au musée Guimet à Paris.

De quand date, à votre avis, la fascination des Chinois pour cette pierre ?

De près de 8000 ans ! Dès le Néolithique, le jade était découpé et poli avec soin. Des disques plats, percés au centre, symbolisant le ciel, étaient utilisés dans des rituels chamaniques et déposés dans les tombes des riches défunts. Ces pièces antiques, d’une majestueuse simplicité, furent ensuite collectionnées pendant des siècles par les empereurs, qui succombèrent à leur tour au charme de cette matière. En préambule de l’exposition, on peut toucher un morceau de jade brut et un autre poli. C’est une bonne idée : on mesure à la fois la douceur et l’incroyable densité de cette roche que l’on trouvait en abondance dans les montagnes et les rivières du Nord de l’Empire.

Mais revenons aux empereurs. Pour ceux que l’on appelle les «fils du ciel», posséder une pièce en jade sculptée revenait à s’approprier un morceau de l’univers. Ils commandent aux artisans du palais des vases, des coupes, des encriers et des tablettes, ornées de constellations et de montagnes, qu’ils accrochent à leur ceinture lors des grandes cérémonies. Depuis l’Antiquité, le jade est paré de toutes les vertus. Il représente l’«image de la bonté» selon Confucius lui-même. Aujourd’hui encore, on offre aux nouveau-nés un petit objet en jade blanc pour leur porter chance et favoriser leur éveil spirituel.

Vous parlez de jade blanc, le jade n’est-il pas toujours vert ?

Non, c’est l’une des choses qui surprend le plus au fil du parcours. Le jade, appelé «yu» en Chine, désigne une famille de pierres aux couleurs très variées, qui vont du blanc laiteux au vert foncé presque noir, en passant par des teintes orangées ou violacées. Les artisans mettent d’ailleurs à profit ces différentes nuances pour façonner des paysages peuplés d’une myriade de grues, de daims, de tigres, de dragons et de phénix… tout un bestiaire réaliste et mythique !

Le travail du jade est imprégné du rapport particulier des Chinois à la nature : celui qui taille la pierre n’est pas là pour projeter une forme mais pour révéler celle que la matière contient. Une veine couleur rouille peut être mise à profit pour sculpter ici des arbres, là des rochers, ailleurs un animal. Quitte parfois à renoncer au réalisme, comme sur cette pièce finement ciselée où apparaissent deux écureuils : l’un vert translucide et l’autre blanc ! La virtuosité des artisans est souvent impressionnante comme sur ce plat ajouré à motif de dragon si fin qu’il ressemble à une dentelle.

La passion pour le jade n’a pas touchée que les Chinois ?

La majorité du parcours est consacré à la Chine ancienne, notamment grâce aux prêts exceptionnels du Musée national de Taipei qui détient, depuis l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949, une grande partie des collections impériales. Mais l’exposition raconte aussi la fascination qu’exerça cette pierre sur les souverains moghols, sur les sultans de Samarkand ou sur les rois de France. Louis XIV possédait dans sa collection de nombreuses coupes et pots en jade venus d’orient. Et quand l’armée française mît à sac le Palais d’été de Pékin en 1860, l’impératrice Eugénie créa à Fontainebleau le «musée chinois» pour exposer les pièces rapatriées en France.

Le panorama du musée Guimet s’achève sur le goût des joailliers «art déco» pour le jade, avec une pièce exceptionnelle : un superbe collier ayant appartenu à la riche héritière américaine Barbara Hutton. Ses perles cristallines, d’un vert quasi phosphorescent, concluent en beauté l’exposition.