Samedi 11 février 2017
10 min

Découverte d'un Caravage présumé à Toulouse

Découverte d'un Caravage présumé à Toulouse
Judith et Holopherne, Caravage (?) , © Collection privée, Toulouse

Ce matin, Sabine Gignoux, nous parle d’un tableau découvert dans un grenier de Toulouse qui pourrait être attribué à Caravage…

Ce tableau montrant Judith décapitant Holopherne a défrayé la chronique en avril dernier, juste après avoir été classé « trésor national » par le ministère de la culture et interdit de sortie du territoire pour 30 mois. Ce délai doit permettre aux experts divisés de trancher pour ou contre son attribution à Caravage. L’expert parisien Eric Turquin, chargé de vendre cette toile, a déjà fixé son prix à 120 millions d’euros. Une somme astronomique pour les musées français, c’est 15 ans de budget d’acquisition du Louvre. Or ce tableau toulousain vient d’être exposé à Milan, à la pinacothèque de Brera, à côté d’une copie très proche attribuée au peintre Louis Finson et du Repas à Emmaüs de Caravage. Et lundi dernier, une trentaine d’experts du monde entier ont été invités par le musée milanais pour débattre. Et leurs conclusions, révélées hier par La Croix, apportent de nouveaux éléments, plutôt en faveur de l’authenticité du tableau…

Comment a-t-on la preuve qu’une œuvre est ou non de Caravage ? Est-ce qu’on cherche une signature ?

Malheureusement, Caravage n’a jamais signé ses peintures, sauf un de ses derniers tableaux, La Décollation de Saint Jean-Baptiste, sur lequel il a inscrit son nom en rouge, juste sous la tête du Saint décapité et comme écrit avec son sang. Pour authentifier ses tableaux, on cherche plutôt à réunir trois types d’éléments. Les premiers sont des documents d’archives. Dans le cas de Judith et Holopherne, on connaît une première version de ce thème par Caravage, aujourd’hui au palais Barberini à Rome. Mais une lettre datée de 1607 à Naples, signale l’existence d’une seconde version. En 1617, cette deuxième Judith est à nouveau mentionnée, dans l’inventaire après décès du peintre et marchand Louis Finson, qui cotoya Caravage à Naples. Et puis, pffitt, plus rien, disparition, jusqu’à la découverte en 2014 du tableau de Toulouse par un particulier dans le grenier de ses ancêtres.

Mais comment aurait-on pu oublier un Caravage, cela paraît incroyable ?

En fait, Caravage, de son vivant a été renommé et imité dans toute l’Europe. Puis, il est rapidement passé de mode. Il a fallu attendre 1951 pour le voir réhabiliter par l’historien d’art italien, Roberto Longhi. Depuis, on ne cesse de rechercher ses œuvres, en s’appuyant aussi sur des analyses scientifiques. Justement, sur le tableau de Toulouse, des experts ont signalé à Milan avoir découvert des repentirs, des traces d’esquisse en rouge et trois incisions typiques de Caravage qui composait directement sur la toile, sans dessin préalable. Le visage de la servante de Judith, a aussi été peint sur une couche plus claire, donc peut-être fini par une autre main. Or ses rides trop rectilignes gênaient jusque-là les spécialistes. Car au final, après les documents d’archives, les analyses scientifiques, le juge de dernière instance pour authentifier un tableau, c’est l’œil des historiens d’art qui cherchent à retrouver la touche, les coloris, parfois des détails typiques d’un artiste. La Judith de Toulouse va d’ailleurs être accrochée en mars devant des experts, à huis clos, au Louvre à côté des deux Caravage de ce musée, plus celui détenu par le musée de Rouen, pour tenter des comparaisons. En attendant, lisez Histoire d’oeils, écrit par Philippe Costamagna, directeur du musée d’Ajaccio. Il raconte, parmi plein d’anecdotes, comment il a identifié un jour un Crucifixion anonyme au musée de Nice, à la faveur d’un rayon de soleil qui éclairait un minuscule détail du Christ un ongle de pied en demi-lune- typique du grand peintre italien Bronzino.