Samedi 8 octobre 2016
3 min

The Color Line

Les artistes africains-américains et la ségrégation, une exposition au Musée du quai Branly-Jacques Chirac jusqu'au 15 janvier 2017.

"The Color Line" au musée du Quai Branly-Jacques Chirac jusqu'au 15 janvier 2017.
"The Color Line" au musée du Quai Branly-Jacques Chirac jusqu'au 15 janvier 2017.

Jusqu’à une époque relativement récente, le milieu des années 80 environ, les artistes «africains-américains», comme ils veulent désormais être appelés, furent victimes de la «Color Line», qui donne son titre à l’exposition.

Cette ligne de démarcation, symbolisant la discrimination dont sont victimes les populations noires aux Etats-Unis, a été dénoncée dès 1881 par le militant abolitionniste Frederick Douglass. Cette frontière invisible a longtemps maintenu les artistes noirs à la marge : leurs œuvres n’étaient ni achetées, ni exposées par les grands musées. Même si, des collectionneurs éclairés les avaient déjà repérés et si quelques chercheurs les avaient montrés dans les universités noires du pays.

Ce plafond de verre existe-t-il toujours ?

Heureusement, la situation a considérablement évolué. Le MET à New-York ou la National Gallery de Washington ont désormais ouverts leurs cimaises à la diversité. De nombreux artistes noirs américains contemporains, comme Mickalene Thomas ou David Hammons, ont même vu leur cote s’envoler sur le marché de l’art, toujours avide de nouveautés.

Mais le chemin vers la reconnaissance fut long, depuis les premières œuvres de l’esclave David Drake qui ouvrent l’exposition. Certains de ses pots en céramique, ornés d’inscriptions, constituaient à l’époque un véritable acte de résistance. De fait, la plupart des tableaux et sculptures présentés au fil du parcours entrent en résonnance avec les grandes luttes politiques menées au cours du siècle.
Le commissaire Daniel Soutif a fait, pendant quatre ans, un travail de recherche considérable, pour réunir des archives - affiches, livres, caricatures de presse… - qui éclairent ce contexte historique. Au total, il a rassemblé près de 600 œuvres et documents.

L’exposition permet de découvrir des artistes souvent méconnus…

Certains artistes avaient connu leur heure de gloire, comme le pionnier Henry Ossawa Tanner, dont trois tableaux religieux avaient été acquis par l’Etat français dès la fin du XIXème siècle. Venu de Philadelphie, il a réalisé la majeure partie de sa carrière à Paris. «En France, disait-il, un homme noir pouvait peindre ce qu’il voulait, il n’était pas cantonné à être un artiste noir».

Son succès international ouvrit la voie dans les années 20 à ce qu’on appellera l’«Harlem Renaissance», une période extraordinairement féconde sur le plan culturel qui réunira des écrivains, des peintres, des musiciens... Parmi ces «New Negroes» comme le philosophe Alain Locke les appela, on trouve des artistes majeurs comme Aaron Douglas, dont les toiles réhaussées de cercles concentriques en dégradés semblent vibrer au son du jazz ou du gospel.

C’est d’Harlem aussi que viendra Jacob Lawrence, auteur d’une impressionnante série de petites toiles qui racontent la grande migration des populations noires du Sud après la crise de 29. Ou encore Romare Bearden dont les collages traduisent la vitalité du quartier dans les années 70. On voudrait tous les citer, ces artistes, tour à tour drôles ou émouvants… alors, courez vite voir l’exposition du musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Elle dure jusqu’au 15 janvier.

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