Samedi 15 avril 2017
10 min

Centre d’Arts et de nature de Chaumont-sur-Loire

Centre d’Arts et de nature de Chaumont-sur-Loire
Domaine de Chaumont-sur-Loire - Centre d'arts et de nature, © Saison 2016 - 2017

Ce matin, Cécile Jaurès nous parle du Centre d’Arts et de nature de Chaumont-sur-Loire.

Je vais vous raconter un conte de fées. Il était une fois un château endormi sur les bords de la Loire. Un château construit en l’An Mil avec d’élégantes tourelles, rajoutées à la Renaissance, qui le font ressembler au château de la Belle au bois dormant. À la fin du XIXème siècle, une princesse fantasque, Marie Say, le sort une première fois de son profond sommeil. Cette orpheline, unique héritière de l’industriel du sucre Louis Say, achète le domaine en 1875, à l’âge de 17 ans. Elle épouse le prince de Broglie et elle fait aménager de magnifiques écuries, un parc à l’anglaise et surtout de luxueux salons, décorés à l’orientale.

Le château devient le théâtre de fêtes extravagantes où se côtoient princes européens, maharadjas indiens et artistes, comme Marcel Proust, Sarah Bernhardt ou Francis Poulenc. Pour divertir ses convives, la princesse n’hésite pas à faire venir, par train spécial, la troupe de la Comédie Française ou l’orchestre de l’Opéra de Paris ! Mais, en 1938, des revers de fortune obligent l’héritière à céder le domaine à l’État. Et le château tombe à nouveau dans l’oubli.

Dans les années 90, un festival de jardins va redonner vie aux lieux…

Oui, en 1991, un fou de jardins, Jean-Paul Pigeat, ancien commissaire d’expositions pour le Centre Pompidou, va transformer une partie des 32 hectares du domaine en laboratoire de création paysagère. Et depuis, des paysagistes, des botanistes s’associent à des architectes, à des artistes, pour créer vingt-quatre jardins éphémères autour d’un thème différent chaque année.

En 2007, la Région Centre, intéressée par ces initiatives, a racheté le domaine à l’État et a ouvert un Centre d’Arts et de nature où les artistes se voient offrir non seulement des espaces d’expositions mais aussi un vaste terrain d’expérimentation, via des commandes publiques.

Après Jannis Kounelis, Sarkis ou Gabriel Orozco, trois grands noms de l’art contemporain dont on peut encore admirer les oeuvres, c’est au tour de Sheila Hicks d’investir les lieux. L’an prochain, cette tisserande octogénaire fera l’objet d’une grande rétrospective au Centre Pompidou, mais, pour l’heure, elle a métamorphosé, à l’aide d’étudiants de l’école d’art d’Orléans, la galerie du Fenil, dans la cour de la ferme. Des ballots de fibres textiles occupent les auges, qui abritaient autrefois les petits veaux. Des fils courent le long des rigoles. Une cascade de laine ocre s’échappe d’un mur et, sur les autres parois, de grosses pelotes de laine multicolores dessinent de joyeuses constellations.

Chaumont-sur-Loire attire de grands noms de l’art contemporain mais aussi des jeunes talents…

Oui, le Centre d’Arts et de nature joue les défricheurs depuis bientôt dix ans. Chaque saison apporte son lot de découvertes. Par exemple, Sara Favriau, 33 ans, a bâti, dans la grange aux abeilles, un délicat village en suspension, composé de cabanes reliées par des fines passerelles. Stéphane Guiran, lui, a fait pousser dans le manège des écuries un poétique champ de coquelicots en quartz blanc. Une œuvre totalement envoûtante.

Le domaine est ouvert toute l’année mais le festival des jardins et les expositions sont visibles jusqu’au 5 novembre.