Samedi 18 mars 2017
10 min

Camille Pissaro "Le premier des impressionnistes"

Expositions Camille Pissaro à voir en 3 lieux différents : Musée Marmottan Monet, Musée du Luxembourg (Paris) et Musée de Pontoise.

Camille Pissaro "Le premier des impressionnistes"
Expostion Camille Pissarro, Musée Marmottan Monet (Paris)

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de trois expositions consacrées à Camille Pissarro au musée Marmottan-Monet et au musée du Luxembourg à Paris, et au musée Tavet-Delacour à Pontoise.

Camille Pissarro est enfin à l’honneur dans les musées français. Curieusement, ce peintre, célébré à l’étranger comme le «père des impressionnistes», est souvent montré en France noyé au milieu de ses confrères. Figurez-vous qu’il n’avait pas fait l’objet d’une rétrospective ici depuis 36 ans ! Même de son vivant, l’artiste était moins médiatisé que ses amis. Avec son allure de «père tranquille», de patriarche paysan à longue barbe blanche, il n’avait aucun sens du commerce et il vendait moins bien ses tableaux que Monet, par exemple.

Et pourtant, quel infatigable travailleur ! Son œuvre connue compte près de 1500 tableaux, 600 gouaches et des milliers d’aquarelles. Le musée d’Orsay possède un fond important, mais un grand nombre de ses œuvres sont dispersées dans des musées étrangers et chez des collectionneurs privés. Les expositions, qui viennent d’ouvrir à Paris, donnent l’occasion de voir des toiles venues des Etats-Unis, du Mexique ou d’Israël, dont certaines inédites en France.

Camille Pissarro a toujours été à la marge…

Oui, il a toujours été un «libre-penseur», un sympathisant anarchiste menant sa vie comme il l’entendait. Né en 1830, soit une dizaine d’années avant les autres peintres impressionnistes, il a grandi aux Antilles danoises, dans une famille juive plutôt bourgeoise, mais mise à l’écart de la communauté pour avoir enfreint les lois hébraïques sur le mariage. Du coup, il fait sa scolarité dans une école évangélique fréquentée par des descendants d’esclaves. De là vient sans doute son indépendance d’esprit.

De même, il apprend la peinture en autodidacte. Et quand son père négociant s’oppose à sa vocation et, surtout, à son mariage avec la bonne, il n’hésite pas à rompre avec sa famille. Il débarque à Paris en 1855, à 25 ans. Après un passage éclair aux Beaux-Arts, il fréquente des ateliers libres, comme celui de Corot. Mais assez vite, il s’écarte des teintes terreuses, des compositions sages de son aîné et éclaircit sa palette comme dans cette lumineuse «Gelée blanche à Ennery» aux tons bleutés, présentée en 1874. Un tableau qualifié par un critique de «grattures de palette posées sur une toile sale» !

Pissarro est le seul à être présent aux 8 expositions impressionnistes…

Oui, Pissarro aime le travail collectif et toute sa vie, il va peindre en plein air en compagnie d’autres artistes, souvent plus jeunes, comme Cézanne, qui dit de lui : «Ce fut un père pour moi (…) quelque chose comme le bon Dieu». Il formera aussi Gauguin avant que le jeune Seurat ne l’entraîne, à plus de cinquante ans, sur la voie du pointillisme. De ces expérimentations, naitront quelques unes de ses plus belles toiles, comme cette monumentale «Cueillette des pommes» prêtée par un musée japonais.

Nous sommes alors en 1886, et le peintre s’est installé définitivement à Eragny dans l'Oise, où il vit comme un ermite, en autarcie avec sa femme et ses huit enfants. Il peint son potager, le soleil couchant enflammant les prés voisins. Il saisit la sieste d’une paysanne à l’ombre d’une meule de foin... Ses toiles respirent la douceur de vivre et on ressort de ces expositions comme apaisé.

Jusqu’au 2 juillet au musée Marmottan-Monet, jusqu’au 9 juillet au musée du Luxembourg et jusqu’au 11 juin au musée Tavet-Delacour de Pontoise qui se concentre sur ses gravures.