Samedi 4 mars 2017
10 min

Alexandra David-Néel, une aventurière au musée.

Alexandra David-Néel, une aventurière au musée. Une exposition à voir jusqu'au 22 mai au Musée Guimet.

Alexandra David-Néel, une aventurière au musée.
Alexandra David-Néel, Yongden (à l’extrémité gauche), et le mahâraja du Sikkim Sidkeong Tulku (bras croisés), en septembre 1914, au pied du col de Tangchung (5150 m), © Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains

Ce matin, Cécile Jaurès, nous parle de l’exposition que le musée Guimet consacre à Alexandra David-Néel.

Imaginez-vous, traverser les montagnes himalayennes à pied, en plein hiver, vêtu de simples haillons ? C’est l’exploit qu’a accompli la brillante orientaliste Alexandra David-Néel en 1924. À l’époque, les Anglais interdisent aux étrangers l’accès au Tibet. Qu’à cela ne tienne, Alexandra David- Néel, qui parle le tibétain, se déguise en mendiante : elle rallonge sa chevelure avec des crins de yak et recouvre son visage de suie !

Accompagné de son fidèle assistant, elle va effectuer pendant huit mois un périple de 2000 km à travers le «Pays des neiges». Pour passer inaperçus, les deux clandestins empruntent des routes non cartographiées. Ils passent par des cols enneigés, dorment à la belle étoile malgré la pluie et le froid. Ils se font même attaquer par des brigands qu’Alexandra, grande tragédienne, fait fuir en invoquant à voix haute les démons (les Tibétains sont très superstitieux)… Bref, elle manque de mourir mille fois mais réalise, à 56 ans, son rêve : devenir la première Européenne à pénétrer la mythique cité de Lhasa.

Rien ne la prédestinait pourtant à accomplir un tel exploit…

Non, effectivement, à part une force de caractère peu commune et une fascination précoce pour l’Asie. Sa vocation d’orientaliste est née au musée Guimet qu’elle visite dès son ouverture en 1889 et dont elle fréquentera assidument la bibliothèque. Fille d’un instituteur et républicain engagé, cette femme de tempérament, qui se déclare athée à 20 ans, se plonge dans l’étude des religions et finit par se convertir au bouddhisme à 24.

Figurez-vous qu’à l’époque, Alexandra David-Néel gagne sa vie comme cantatrice. Pour assurer son indépendance, elle a décroché, à peine majeure, un «premier prix de chant théâtral». Pendant dix ans, elle fera des tournées en province et en Indochine : elle est «Marguerite» dans Faust de Gounod, «Manon» de Jules Massenet ou «Carmen» de Bizet. Le musée expose quelques souvenirs : une tenue de scène et des photos, mais il ne reste malheureusement aucun enregistrement connu de ses tours de chant.

La musique lui permet de vivre mais Alexandra David-Néel est avant-tout une intellectuelle et une exploratrice.

Son mariage avec un ingénieur des chemins de fer va lui apporter une certaine stabilité financière mais toute sa vie, elle va courir après l’argent et multiplier les livres destinés à large public dans un seul but : financer ses voyages d’étude. Ses expéditions lui permettent de rencontrer les plus grands sages de l’Asie et, initiée aux rites les plus secrets, elle deviendra elle-même une «dame lama» que l’on vient consulter.

À sa mort, à 101 ans, elle lèguera au musée Guimet près de 400 ouvrages et manuscrits, dont les plus précieux sont présentés dans cette exposition, de taille modeste mais intéressante. On découvre aussi une dizaine de «thangka», ces peintures tibétaines qui servent de support à la méditation, et des objets rituels, dagues et masques, prêtés par la maison Alexandra David-Néel, son ancienne demeure de Digne-les-Bains, aujourd’hui transformée en musée.

Jusqu’au 22 mai au musée Guimet.