La chronique ciné
Magazine
Mercredi 18 février 2015
4 min

"Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador / "American Sniper" de Clint Eastwood

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande "Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador et "American Sniper" de Clint Eastwood.

Une chronique placée sous le signe du héros voire même du super héros avec pour débuter un coup de cœur pour le premier film de Thomas Salvador au titre étrange : Vincent n’a pas d’écailles. Il s'agit du premier film français de super héros, que l’on pourrait rebaptiser "L’incongru du lac".

Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières, et suffisamment isolée pour préserver sa tranquillité. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie dont il tombe amoureux.

C’est le point de départ de cette fable initiatique qui, comme les rivières qu’emprunte Vincent, n’a de cesse de surprendre, s’accidenter, se réinventer en passant avec une souplesse rare du film fantastique à la fantaisie poétique, de la comédie romantique au polar.

Mise en scène chorégraphique, sens du cadre graphique et de perspective : on retrouve, mais superbement assimilé, le goût du réalisateur pour les comics américains avec un travail sur le corps que n’auraient pas renié les grands auteurs burlesques. Un corps filmé dans des environnements bucoliques ou sociaux, un corps éprouvant sa différence pour mieux appréhender celle-ci et l’assumer. Un film magnifique sur la différence réalisé sans trucages et avec infiniment d’idées de vrai cinéma.

L’autre super héros de la semaine c’est l’American Sniper du vétéran Clint Eastwood âgé de 84 ans. 307 millions de dollars de recettes aux USA à ce jour pour 58 millions de budget : chiffres impressionnants car si le film évoque une figure héroïque, il n’y pas l’ombre d’un super pouvoir ou d’un effet spécial.

Le film est inspiré d’une histoire vraie empreinte de patriotisme américain. Eastwood est une valeur rassurante bien connu comme un républicain pur jus.

Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle (Bradley Cooper) est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et lui vaut d’être surnommé "La Légende".

Mis en scène avec une efficience absolue et une connaissance aguerrie des techniques de ce genre de fiction, Eastwood joue sur le cadre et le décadrage pour créer de la tension, recourt aux travellings serrés et courts pour intensifier celle-ci. Son goût pour le temps réel dans les séquences fait éprouver au spectateur l’angoisse de l’attente

Film de propagande ? En tous cas Eastwood ne cache pas son sentiment d’empathie pour ce héros, pour ses actes, mais aussi pour ses doutes. Du pur Eastwood qui veut plaire aux gens de droite comme aux gens de gauche, mais galvanise l’héroïsme américain en ayant soin de nettoyer tout ce qui pourrait éventuellement nuancer cette idée très discutable d’une Amérique toujours victime et jamais coupable.

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