La chronique ciné
Magazine
Mercredi 25 mars 2015

"A trois on y va" de Jerôme Bonnell / "Voyage en Chine" de Zoltan Mayer

Cette émission n'a pas été diffusée en raison d'un appel à la grève par plusieurs organisations syndicales portant sur les difficultés budgétaires et la défense de l'emploi à Radio France.

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous conseille "A trois on y va" de Jerôme Bonnell et "Voyage en Chine", le premier film de Zoltan Mayer.

Chronique cinéma du 25-3-2015
Chronique cinéma du 25-3-2015

Ce matin, une chronique qui atteste de la diversité, de la jeunesse et de la qualité de notre cinéma hexagonal. Avec deux films aussi différents que possibles mais qui ont en commun de savoir ce qu’est une mise en scène et qui savent magnifiquement filmer leurs comédiens.

Immense coup de foudre avec A trois on y va de Jérôme Bonnell, nouveau film de l’auteur du Temps de l’aventure avec Emmanuelle Devos sorti il y a deux ans et qui parlait entre autres de l’irruption aussi inattendu qu’impérieux du sentiment amoureux. Ce jeune et hyper talentueux cinéaste s’intéresse cette fois au triangle amoureux.

Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe Micha avec Mélodie. Sans rien soupçonner, se sentant toutefois un peu délaissé, Micha trompe Charlotte à son tour… mais avec Mélodie aussi ! Pour Mélodie, c’est le vertige. Amoureuse des deux en même temps.

Il n’y a rien de plus difficile à filmer au cinéma que le trouble amoureux. Ce chassé croisé entre désir et raison. Ce trouble délicat, qui vous inspire, vous donne des ailes et pourtant fait peur. Bonnell parvient, grâce à un scénario tout en légèreté, revisitant le couple à trois cher à Truffaut et le marivaudage vaudevillesque avec une gourmandise discrète, à nous emporter dans la belle tourmente sensuelle et sensorielle de cet amour à six mains.

L’autre force du film : sa mise en scène qui, elle aussi, participe de ce mouvement amoureux. Une mise en scène de grâce, de simplicité – sans doute ce qu’il y a de plus difficile à concrétiser au cinéma – et d’évidence. La caméra est complice, empathique, joyeuse tout en saisissant, sans jamais les créer artificiellement, les moments de mélancolie ou de doute. Une mis en scène du mouvement, du corps, de l’émotion, magnifique de fausse discrétion.

Sans oublier les comédiens, trio solaire à l’immense talent : Anaïs Demoustier, Félix Moati et une révélation, Sophie Verbeeck. Beaux mais pas que, retrouvant dans ce tourbillon de doux dérèglement des évidences amoureuses l’innocence de l’enfance, l’absence de culpabilité et l’immense plaisir communicatif du jeu. Attention vous allez avoir envie de tomber amoureux en sortant du film !

L’autre coup de cœur va au premier film de Zoltan Mayer intitulé Voyage en Chine. Là aussi une merveille de simplicité, de modestie et de pudeur mais dans un tout autre registre, celui du drame. Comme précédemment, il déjoue les attentes et sait aussi, voire surtout, se faire poétique et parfois drôle.

Liliane part en Chine pour la première fois de sa vie afin de rapatrier le corps de son fils, mort dans un accident. Plongée dans cette culture si lointaine, ce voyage marqué par le deuil devient un véritable voyage initiatique.

Zoltan Mayer est photographe de métier, acteur, monteur. C’est son premier film et, outre les nombreuses qualités du scénario qui oscille entre fausse improvisation et rigueur invisible de l’écriture qui sait parfaitement où poser ses articulations narratives, c’est sa mise en scène qui époustoufle. Sens du cadre et de sa composition bien évidemment, mais pas seulement. Il a le sens du timing, de la durée, du hors champ. Ce n’est jamais un film illustratif même si la beauté rugueuse et minérale de la Chine est au cœur de son long métrage. C’est un film sur la douleur tue, sur la perte et l’errance. Mais aussi sur la vie, sa force, sa violence parfois.

Mayer est un cinéaste qui sait filmer un corps, une comédienne, la géniale Yolande Moreau. Sous sa caméra, elle habite un rôle qui se passe souvent de mots et s’intéresse au regard, parfois attendri, souvent stupéfait de cette femme qui découvre un pays inconnu. Elle ne cesse de bouleverser et d’émouvoir sans que jamais la caméra ne se fasse putassière ou impudique.

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