La chronique ciné
Magazine
Mercredi 15 avril 2015

"Taxi Téhéran" de Jafar Panahi / "Les Contes d'Hoffmann" de Michael Powell et Emeric Pressburger

Cette émission n'a pas été diffusée en raison d'un appel à la grève par plusieurs organisations syndicales portant sur les difficultés budgétaires et la défense de l'emploi à Radio France.

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande "Taxi Téhéran" de l'iranien Jafar Panahi, et la reprise en DVD des "Contes d'Hoffmann" de Michael Powell et Emeric Pressburger.

Taxi Téhéran de l'iranien Jafar Panahi a été couronné au Festival de Berlin par un Ours d’or. Un film paradoxalement qui ne devrait pas exister, car le cinéaste est encore officiellement interdit de sortie de territoire mais surtout interdit de tout acte cinématographique dans son pays. Et contrevenir à cette sanction le place à chaque fois sous la menace d’une peine de vingt ans d’emprisonnement. Et pourtant, Panahi n’arrête pas de tourner. Et non seulement il fait fi de cette censure mais semble y puiser - ironie tragique – une nouvelle inspiration.

Que lui vaut les foudres du gouvernement iranien ? Sa liberté de ton, d’expression et de parole, comme s’en faisaient l’écho des films comme Le cercle en 2000, qui dénonçait la condition féminine en Iran. Le film s’ouvre dans une maternité sur la naissance d’une petite fille vécue comme un drame absolu. Hors Jeu également, qui narrait sur le ton d’une comédie tragique l’odyssée de plusieurs adolescentes cherchant à tout pris à pénétrer dans un stade pour soutenir l’équipe nationale de football.

DansTaxi Téhéran, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran installé au volant de son taxi. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion...

Certains de mes petits camarades parlent ce matin dans la presse de film dispositif car entièrement réalisé avec trois caméras minuscules dans l’habitacle d’un taxi, un principe rappelant le très beau mais très conceptuel et austère Ten d’Abbas Kiarostami avec lequel Panahi débuta d’ailleurs. Je ne suis pas d’accord. C’est un huis clos, certes en forme de superbe métaphore, bras d’honneur qu’adresse Panahi aux autorités. Je n’ai pas le doit de sortir de chez moi ? Ok, alors je vais tout faire depuis mon taxi.

Taxi Téhéran est tout sauf un film concept, ni doloriste, ni simplement sociétal. Depuis son pare-brise, Panahi organise le petit théâtre de la société iranienne. Il n’embarque que des complices qui jouent le jeu d’une réalité biaisée par les interdits et la censure qui règne dans ce pays. Taxi Téhéran est un film lucide, en immersion, qui réfléchit à ce qu’est une image, à son pouvoir idéologique ou libertaire, à sa circulation libre ou entravée. Une œuvre généreuse qui sait se faire dramatique, ironique et souvent drôle. Un vendeur de DVD pirates qui fait de Panahi son VRP ou une petite fille qui rêve de devenir une cinéaste officielle sont autant de moyens de manier pour le cinéaste l’humour et la tragédie sans jamais tomber dans l’auto apitoiement. Une pure merveille.

A signaler également : la reprise en version restaurée desContes d’Hoffman de Michael Powell et Emeric Pressburger en salle depuis quinze jours et depuis aujourd'hui en DVD et Blu Ray.

En 1951 les auteurs du Narcisse Noir et des Chaussons rouges adaptent l’opéra de Jacques Offenbach. Hoffmann, un poète, attend la belle Stella dont il est épris dans une taverne où elle doit le rejoindre. En attendant la ballerine, il se prend à repenser aux trois grandes histoires d'amour de sa vie : la poupée Olympia animée par la magie, la chanteuse Antonia et la courtisane maléfique Giulietta.

Les Contes d'Hoffmann a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes de 1951 et fut Ours d'Argent de la meilleure comédie musicale au Festival de Berlin de la même année. Sublime. Indispensable de beauté et de féérie.

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