La chronique ciné
Magazine
Mercredi 17 décembre 2014
4 min

"Run", "Charly's Country"... L'actualité cinématographique

Au programme de la chronique cinéma de Xavier Leherpeur : Charly's Country, de Rolf de Heer, Run, de Philippe Lacôte...

Xavier Leherpeur observe une légère frilosité cette semaine, en raison de celle de la famille Bélier ,carton populaire annoncé dont on trouve pourtant des points positifis.

Mais du coup, on se rabat avec plaisir sur des chemins de traverse libertaires, avec deux films frondeurs et résistants : Charlie’s Country de l’australien blanc Rolf de Heer et Run, de Philippe Lacôte. Nos commençons par le premier :

Cinéaste volontiers provocateur, mais nullement gratuitement puisque ses premiers films traitent frontalement et sans tabou des handicapés mentaux dans Bad boy Buddy, où un simple d’esprit découvrait le monde, puis Dance to my song qui racontait l’histoire d’amour entre une paraplégique et son aide soignant. Après une adaptation oubliable du roman de Sepulveda Le vieux qui lisait des romans d’amour, son cinéma se radicalise politiquement et épouse la cause des aborigènes, avec des films comme The tracker puis 10 canoës, 150 lances et 5 épouses et enfin Charlie’s country, où il retrouve son acteur muse et fétiche le génial David Gulpilil ,qui, pour ce film, a d’ailleurs reçu à Cannes le prix du meilleur acteur à Un certain regard

De quoi parle Charlie’s country ?

Charlie est un ancien guerrier aborigène. Alors que le gouvernement amplifie son emprise sur le mode de vie traditionnel de sa communauté, Charlie se joue et déjoue des policiers sur son chemin. Perdu entre deux cultures, il décide de retourner vivre dans le bush à la manière des anciens. Mais Charlie prendra un autre chemin, celui de sa propre rédemption.

Un film à l’image de son acteur principal et par ailleurs scénariste. Le film a d’ailleurs commencé à être écrit en prison, où séjournait David pour alcoolisme agressif.

Il faut savoir qu’aucun dialogue n’a été écrit au préalable et que tout le film a été improvisé selon l’humeur du comédien semi professionnel – que l’on devine assez peu manipulable - et que les autres acteurs tous non professionnels ont du suivre le mouvement, ce qui confère au film une spontanéité farouche, une insolence et une roublardise qui sont les traits dominants de la personnalité de Charlie et de David.

Un hommage poétique et lucide, politique et subtil à une culture et un peuple évitant les pièges du pittoresque pour touristes.Un film frondeur, jamais démonstratif dans son message souvent drôle mais derrière l’humour révèle le sort d’une ethnie ostracisée et méprisée par les autorités blanches de l’Australie.

L’autre film c’est Run de Philippe Lacôte : un premier long métrage également présenté cette année à Un Certain regard à Cannes, et qui sort hélas dans l’indifférence de son distributeur. Pas de projection pour la presse, une date de sortie annoncée il y a une semaine... Dommage, car le film vaut mieux que cela.

Philippe Lacôte est un cinéaste ivoirien repéré en 2007 avec un documentaire Chroniques de guerre en Côte d'Ivoire et qui revient cette fois avec une fiction. Run a toujours fui : c’est pour cela qu’il s’appelle Run.

Lorsque le film débute, il vient de tuer le Premier ministre de son pays. Pour cela il a dû prendre le visage et les vêtements d’un fou, errant à travers la ville. Sa vie lui revient par flashes ; son enfance avec maître Tourou quand il rêvait de devenir faiseur de pluie, ses aventures avec Gladys la mangeuse et son passé de milicien en tant que Jeune Patriote, au cœur du conflit politique et militaire en Côte d’Ivoire. Toutes ses vies, Run ne les a pas choisies. À chaque fois, il s’est laissé happer par elles, en fuyant une vie précédente.

Une œuvre à fleur de la peau du très joli Abdoul Karim Konaté voulue comme un morceau rap, exsangue, poétique, polémique et politique filmé dans une belle urgence pour dire l’histoire récente de la Côte d’Ivoire secoué par un énième dernier conflit politique et militaire en date ayant fait 3000 morts et la figure délétère de Laurent Gbagbo....

Une fiction en forme d’uchronie libératrice pour dire les rêves détruits et témoigner de la beauté comme de la violence d’une terre, d’une culture et de traditions malmenées par des décennies d’autocratie.

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