La chronique ciné
Magazine
Mercredi 28 janvier 2015
3 min

"Phoenix" de Christian Petzold / "Nuits blanches sur la jetée" de Paul Vecchiali

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande deux films : "Phoenix" de Christian Petzold et "Nuits blanche sur la jetée" de Paul Vecchiali.

Christian Petzold, cinéaste allemand, a été révélé au grand public avec Barbara en 2012. Si Barbara évoquait les sombres heures de l’Allemagne de l’est, Phoenix se déroule à Berlin, en 1945. Nelly, libérée des camps où son visage a été détruit, refuse la reconstruction faciale qu’on lui propose et surtout l’idée de changer de faciès pour recommencer une nouvelle vie. Tel le phoenix, elle veut renaître de ses cendres car elle n’aspire qu’à une seule chose : retrouver son mari. Mais le revoir et se rapprocher de lui va la plonger à nouveau dans l’horreur...

Outre leur contexte historique et un casting identique, rapprocher les deux derniers films de Christian Petzold - le meilleur cinéaste allemand à ce jour - se justifie car il s’agit dans les deux cas du portrait d’une femme sortie d’un enfer et à qui l’on interdit d’être à nouveau elle-même.

Ce film a des airs de tragédie antique : y cohabitent vengeance et soumission, amour délétère et instinct animal de survie, comme une version inversée de Orphée et Eurydice où celle-ci n’est plus sauvée par l’homme qu’elle aime. S'il vient chercher sa bien-aimée dans les flammes de l’enfer, c’est pour mieux la précipiter à nouveau vers la mort. Phoenix a tout d'un polar aux accents troubles et pervers tels que Hitchcock - référence magistralement citée par Petzold – les affectionnait. Sans oublier les deux acteurs exceptionnels : Nina Hoss et Ronald Zehrfeld.

Autre coup de foudre : Nuits blanches sur la jetée de Paul Vecchiali, d’après Dostoïevski.

Un noctambule se promène chaque nuit sur la jetée du port. Il y rencontre une jeune femme qui attend l’homme de sa vie. Quatre nuits, passées avec elle à discourir sur la vie, vont révéler l’amour que cet homme a pour cette femme.

Ce n’est pas la première fois que le cinéma s’intéresse à ce roman de Dostoïevski…

Rappelons-nous quelques chefs d’œuvres parmi lesquels Nuits blanches de Luchino Visconti, Quatre nuits d'un rêveur de Robert Bresson... On pourrait même ajouter le Lola de Jacques Demy qui emprunte sa trame narrative et dramatique. Une référence supplémentaire au film de Paul Vecchiali dont on sait qu’il est comme beaucoup d’entre nous un immense fan de Demy.

Ces Nuits blanches sont une pure merveille. Un mélange de littérature, de théâtre et de cinéma chacun porté à une quintessence sublimée. Le cinéaste fait le choix d’un scénario très écrit, nullement naturaliste, qui dès les premières secondes nous embarque vers d’autres territoires de poésie opératique. Un huis clos dans l’unité de lieu d’un port à la fois prison et promesse d’un départ sans cesse reporté et d’un découpage exquis de cinéma sensuel et fébrile où tout est fait pour mettre en valeur le jeu des deux remarquables acteurs : Astrid Adverbe et Pascal Cervo.

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