La chronique ciné
Magazine
Mercredi 17 juin 2015
5 min

"Mustang" de Deniz Gamze Ergüven / "La bataille de la montagne du tigre" de Tsui Hark

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande "Mustang" de Deniz Gamze Ergüven et "La bataille de la montagne du tigre" de Tsui Hark.

C’est une riche semaine de cinéma qui s’annonce avec les sorties de nombreux excellents films… Difficile de faire un choix ! Tout d’abord un premier film : Mustang de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven qui a fait sensation cette année à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs…

C'est le début de l'été. Nous sommes dans un village reculé de Turquie. Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues. Leur oncle qui voit le mal partout décide de recadrer les jeunes filles, les cloîtrent et veut en faire à tout prix de bonnes jeunes filles à marier. Plutôt que de les rendre dociles, cela va au contraire exacerber leur désir de liberté et d’indépendance…

Le scénario est co-écrit avec une autre réalisatrice, la française Alice Winocour, auteur il y a trois ans du très beau Augustine, film sur les travaux de Charcot au début du 20ème siècle sur l’hystérie féminine. On est dans les mêmes thématiques, l’entrave faite aux femmes, conséquence d’un pouvoir patriarcal, et leur désir légitime d’émancipation.

Ce qui séduit dans ce film ? Tout d’abord son sujet et l’intelligence de son scénario qui dit une condition de la femme mais dénonce aussi en filigrane la déscolarisation des jeunes filles. Paradoxe effarant pour un pays qui fut le premier à accorder le droit de vote aux femmes dans les années trente. Un scénario malin qui emprunte presque au film de genre sa construction : on est entre La Grande évasion et une sorte de film d’horreur pour teenager où cinq filles sont enfermées chez elle et font tout pour sortir de cette prison qui s’édifie autour d’elles et dont, chaque jour, leur oncle relève un peu plus les obstacles, grillageant les fenêtres, rehaussant les murs du jardin, c’est son côté solaire. On est dans le drame et pourtant la mise en scène épouse la révolte, la joie de vivre, l’esprit libertaire, effronté, rageur de ses héroïnes. C’est un film sur leur énergie, même lorsque le drame affleure. La caméra est portée par leur fougue et du coup, on est à leur côté, on ressent leur étouffement, on est dans leur urgence… Magnifique !

Autre coup de cœur pour un film radicalement différent : La bataille de la montagne du tigre de Tsui Hark.

L’un des plus grands cinéastes de Hong-Kong auteur de pépites parmi lesquelles The Blade, Histoire de Fantômes chinois, Il était une fois en Chine ou encore The Lovers, signe pour la première fois de sa prolixe carrière (il a mis en scène déjà près de 50 films depuis le début des années 80) un film de guerre. Il dynamite le genre au sens propre comme au figuré. Et on adore ça.

Après ses deux flamboyants Détective Dee, le voici aux commandes d’une machine de guerre sino hongkongaise narrant les exploits lointainement véridiques d’une unité de l’Armée de Libération. Elite militaire qui, en 1946, lutta contre les agissements d’un chef de gang impitoyable retranché dans une forteresse et profitant de la guerre civile pour assouvir ses ambitions autocrates. Ca patine un pue au début, il faut le reconnaître, mais une fois l’intrigue replacée sur l’échiquier des gentils versus les méchants, le film s’envole vers les cimes d’une série B rupine et survoltée.

Des moyens, Hark n’en manque pas (merci la Chine), mais il les dépense avec générosité. Décors dantesques, scènes de guerre épiques, batailles lyriques, méchants d’opérette et audaces gourmandes (deux fins pour le prix d’une). C’est du cinéma deux doigts dans la prise, ne se refusant rien et orchestré par un virtuose qui appose à ce film une joyeuse touche de folie.

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