La chronique ciné
Magazine
Mercredi 22 octobre 2014
4 min

"Of Men and War" et "Fury"

Les deux films choisis cette semaine évoquent la guerre vues à travers les destins souvent sacrifiés de jeunes soldats américains : Fury de David Ayer, et Of Men and War, documentaire de Laurent Becue-Renard.

Commençons par Of Men and war du documentariste français Laurent Becue Renard sélectionné cette année à cannes dans le cadre des séances spéciales.

Une documentaire fresque plus de 2h20, magistral et salutaire. Magistral en regard du travail accompli dix ans de travail, cinq années de tournage pour approcher ces jeunes vétérans américains (ils seraient plus de 2,6 millions à ce jour) revenus des récents conflits auxquels les USA ont participé Irak, Afghanistan.

Des ‘héros de la liberté’ revenus brisés, indemnes corporellement mais détruits, ravagés psychologiquement et que personne autour d’eux parmi leurs proches ne semble reconnaître. Une jeunesse brisée souffrant de syndromes post-traumatiques.

Laurent Becue-Renard les a rencontré puis suivi jour après jour au centre de thérapie où ils sont suivis. Et a filmé au plus près leur souffrance ; leur absence, leurs traumas mais sans commisération ni goût du sensationnel. Il est parvenu à traverser cette ligne de défense que ces jeunes hommes ont dressé autour d’eux. Mais plus que les individus, c’est aussi le collectif qu’il filme. Celle qui existait sur le terrain de la guerre et qui, aujourd’hui encre est une force fragile, instable mais tenace avec laquelle travaillent les thérapeutes. Le regard de l’autre qu’il faut apprendre à affronter. Et puis parler dire mettre des mots sur l’horreur traversée pour tenter de revenir de l’enfer. Cette parole glaçante et exutoire que le documentariste fait entendre. Salutaire donc.

Un mot sur Fury de David Ayer

Les apparences sont parfois trompeuses. Un film de guerre avec un casting pour midinettes Brad Pitt, Shia LeBœuf, Jim Barrack (True Blood ) et réalisé par un cinéaste jusque là spécialisé dans le polar un rien industriel sans forte personnalité et qui avait même signé récemment sabotage blockbuster viril et un rien bas de plafond avec Arnold Schwarzenegger.

Avril 1945, un groupe de soldats américains composés de vieux briscards et d’un jeune appelé terrorisé traversent l’Allemagne nazie à bord d’un tank. Un vrai de film de guerre à l’américain servi par une mise en scène anxiogène (l’ouverture dans le tank est on ne peut plus claustrophobe et tragique) une tension dramatique incroyable et surtout un scénario (signé par ses soins) qui déshabille le triomphalisme ricain qui sous tend souvent de ce genre de fictions mémorielles et reconstitutives pour dire toute l’ambiguïté de l’engagement et de l’idéologie du pays de l’Oncle sam. Du pur spectacle pour un message moins manichéen que redouté.

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