La chronique ciné
Magazine
Mercredi 15 octobre 2014
5 min

"Le sel de la terre", de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado

Le sel de la terre de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado est le film qui a retenu l'attention de Xavier Leherpeur.

Six ans après son calamiteux Rendez-vous à Palerme sélectionné en 2008 au Festival de cannes et jamais sorti pour la simple et bonne raison que c’était un navet abyssal, et trois ans après son Pina, documentaire en relief inégalement réussi, le cinéaste allemand Wim Wenders dont on redoutait que son étoile ne soit définitivement ternie revient avec ce magnifique documentaire sélectionné cette année sur la Croisette hors compétition.

Le portrait à trois mains du photographe Sebastião Salgado qui, depuis plus de quarante ans et après avoir fui le Brésil en pleine dictature et abandonné une portant prometteuse carrière dans le monde de la finance, a parcouru le monde pour en saisir la beauté, la diversité, la complexité… réfléchissant à la place des êtres humains dans le tableau souvent tragique de la complexité sociale et de la violence économique… Famine au Sahel, génocide au Rwanda, incendies des puits de pétrole koweïtiens au lendemain de la guerre d’Irak.

Pour preuve : ces clichés sur lesquels s’ouvre le film, réalisé dans les mines d’or de la serra Pelada au Brésil sorte d’immenses fresques à ciel ouvert et en noir et blanc qui ne sont pas, dans la manière de capter la violence et le danger subis par les ouvriers esclaves des temps modernes qui ne sot pas sans faire penser à la folie des œuvres de Jérôme Bosch.

Le film est réalisé par Wim Wenders en collaboration avec Juliano Ribeiro Salgado, le fils du photographe. Ensemble, et avec la complicité de Sebastião Salgado, ils retracent sa vie, son destin, les grandes œuvres fondatrices que l’artiste analyse et le suivent dans des conditions extrêmes lorsqu’il photographie des animaux sur la banquise…

Outre cette dimension biographique, le plus intéressant dans le film est justement cet échange des complicités à l’intérieur du film. Celle artistiques admirative qui relie Wenders, photographe lui même à Salagado et celle, complice mais que l’on devine plus complexe, sans doute traversée par quelques regrets qui unit l’artiste et son fils, documentariste. Une triangulaire qui confère à ce portrait biographique une forte intensité émotionnelle et humaine.

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