La chronique ciné
Magazine
Mercredi 10 juin 2015
3 min

"La ligne de couleur" de Laurence Petit-Jouvet / "Le souffle" d’Alexander Kott

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande un documentaire littéraire et une fiction sans parole : "La ligne de couleur" de Laurence Petit-Jouvet et "Le souffle" d’Alexander Ko

Enthousiasme cette semaine pour un documentaire littéraire et une fiction sans parole, alors même que sort cette semaine Comme un avion de Denis Podalydès très soutenu par la presse. Pour se distinguer ?

Au contraire, car je suis comme mes camarades tombé sous le charme de cette comédie vantant les mérites d’un hédonisme bucolique et des chemins de traverse sorte de manifeste révolutionnaire en ces temps de stakhanovisme forcené de la valeur travail. Une comédie du plaisir paresseux servi par un trio de muses sublimes de charme envoutant : Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui et Vimala Pons… Mais pour autant j’ai décidé de défendre des films moins aidés par la presse et par la promotion, qui n’en méritent pas moins d’être découverts…

A commencer par La Ligne de Couleur de la documentariste Laurence Petit-Jouvet à laquelle on devait Correspondances sorti il y a cinq ans où des femmes maliennes installées en banlieue parisienne s’adressaient par lettres filmées à des personnes réelles ou imaginaires occasion pour elle de parler de leur quotidien, de leurs rêves ou d’elles tout simplement…

Ce principe de la "lettre filmée" est à nouveau au cœur de ce film qui, comme le précédent redonne la parole à celles et ceux qui ne l’ont que trop rarement. Des êtres humains que l’on regroupe sous la bannière générique de Français issus de l’immigration, Français à part entière et non entièrement à part comme on le leur fait trop souvent comprendre.

C’est ainsi que nous partons à la rencontre d’une comédienne d’origine japonaise fan de Racine et de Flaubert et qui pour gagner sa vie double toutes les actrices asiatiques sans distinction, un étudiant qui dans le cadre d’un stage d’entreprise part en Chine, pays dont il est originaire mais dont il ne connaît rien, ou Medhi devenu adjoint au maire.

Qu’apporte ce principe de lettre filmée ?

Il dévie le côté ‘reportage’ évite les ‘interviews confessions à teneur sociologique’ et permet à chacun de revenir sur un souvenir une expérience - pas nécessairement traumatique, d’ailleurs le film n’est jamais dans le dolorisme ou la commisération – ou un objet autour duquel la mémoire se délie. Un objet de transition qui permet une distance salutaire : des alexandrins de Racine, des cheveux crépus et flamboyants qu’il faut dompter et apprendre à assumer, un métissage de peau revendiqué come une victoire…

Et saluer la construction finale du film qui ne se contente pas d’aligner les vignettes mais édifie avec une belle rigueur discrète ce panorama passionnant sur une France bigarrée indispensable en ces temps où certains la voudraient plus blanche que jamais.

Autre coup de cœur pour Le souffle d’Alexander Kott.

Une jeune campagnarde est tiraillée entre deux garçons. L’un, grave et minéral, comme les plaines kazakhes où se déroule cette fable. L’autre est léger et solaire, comme la promesse d’un avenir hélas condamnée par avance par la folie des hommes. Une valse des sentiments écrite sans aucune ligne de dialogues mais portée par une époustouflante puissance de cinéma. Un ‘souffle’ formel puissant, bucolique, poétique et tragique qui nous révèle un cinéaste déjà confirmé en Russie mais inconnu chez nous. Injustice réparée.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :