La chronique ciné
Magazine
Mercredi 27 mai 2015
4 min

"L'Ombre des femmes" de Philippe Garrel

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande "L'Ombre des femmes" de Philippe Garrel, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes et aujourd'hui en salles.

L'Ombre des femmes est une merveille de modestie et de simplicité, le contraire d’une large majorité des films présentés cette année à Cannes. Un film qui ne hurle pas ne vocifère pas, ne vous impose pas sa vision faussement politique du monde. Bien au contraire. Un film qui vous enserre avec douceur sensualité, pudeur… Un film qui susurre, qui chuchote et qui, dans cette tonalité pourtant cristalline, dit de sublimes choses sur l’amour, la passion, le cinéma, la désillusion. Et sur les femmes !!

Car Philippe Garrel est peut-être à ce jour le cinéaste qui filme le mieux les femmes, qui les comprend le mieux, sans cliché ni stéréotypes. Qui sait les regarder avec un désir intact, ému et solidaire. Depuis Anémone son premier film où il révéla justement Anémone en passant par quelques pépites comme La Cicatrice intérieure avec Nico, Les baisers de secours avec Brigitte Sy, Les amants réguliers avec Clotilde Hesme ou encore Un été brûlant avec Monica Belluci, il leur a offert leurs plus beaux rôles…

Cette fois, c’est Clotilde Coureau qui rejoint le cinéma de Garrel, et elle y excelle. On la redécouvre, magnifique et magnétique dans le rôle de Manon qui vit avec Pierre (Stanislas Mehrar ). Ils sont pauvres. Ils font des documentaires avec rien et ils vivent en faisant des petits boulots.

Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, et elle devient sa maîtresse. Mais Pierre ne veut pas quitter Manon pour Elisabeth, il veut garder les deux.
Un jour Elisabeth, la jeune maîtresse de Pierre, découvre que Manon, la femme de Pierre, a un amant. Et elle le dit à Pierre…

Dans un noir et blanc sublime de mélancolie, une carte du tendre parfois cruelle, souvent désabusée mais jamais dans le renoncement. Un film quasi intemporel qui une fois encore dit la capacité spécifiquement féminine à refuser le mensonge ou à s’arranger avec le médiocre. Chez Garrel, les femmes au contraire des hommes sont sincères avec elles-mêmes et donc avec les autres. Elles ne tergiversent pas et refusent le sentiment tronqué, trahi. Quitte à être les premières à souffrir de tant de rigueur et d’exigence amoureuse. Utopiste ? Peut-être mais de cette utopie des poètes qui, derrière leur apparente affliction, continuent de croire en la beauté de la femme.

Quelques sorties vintage pour finir :

Trois films du tchécoslovaque Karel Zenan. Surnommé "le Méliès tchèque", ce cinéaste venu de la publicité, auteur de nombreux films mêlant prises de vues réelles, dessins et stop motion (animation avec des marionnettes images par images), connu pour avoir adapté Verne (Le dirigeable volé ) Sinbad ou Les Mille et une nuits, est en quelque sorte le père de Tim Burton, Steven Spielberg et de Wallace et Gromit.

Trois pépites absolues, trois films inédits en salle réalisés dans les années 70 sont à voir :

L'Arche de M. Servadac : En 1888, une comète heurte la Terre et emporte avec elle une partie de l'Afrique du Nord. Sur ce morceau de planète en dérive, les armées se forment et se disputent le pouvoir. Mais doivent aussi lutter contre de mystérieuses créatures.

Le baron de Crac : Apres avoir vécu diverses aventures sur Terre, le baron de Crac est accueilli sur la Lune par Cyrano de Bergerac et les heros des romans de Jules Verne.

Voyage dans la préhistoire : À travers un manuel scolaire, quatre garçons remontent le fleuve du temps et découvrent ainsi les espèces animales et végétales de l'ère jurassique.

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