La chronique ciné
Magazine
Mercredi 26 novembre 2014
4 min

"L'incomprise" d'Asia Argento et "Baal" de Volker Schlöndorff : une semaine de toutes les insoumissions

Xavier Leherpeur chronique les sorties ciné de la semaines, teintées d'insoumission avec le film "L'incomprise" d'Asia Argento et "Baal" de Volker Schlöndorff.

Une semaine de toutes les insoumissions avec tout d’abord L’incomprise de Asia Argento. Ex actrice - elle a récemment déclaré mettre un terme définitif à sa carrière - connue pour ses frasques et ses débordements, insaisissable, farouche intuitive vue chez Assayas, Ferrara, Breillat ou encore Sofia Coppola et la série Mafiosa, elle signe son quatrième film : une autobiographie qui ne dit pas son nom, présentée cette année à Cannes.

Aria, neuf ans, fait face à la séparation très violente de ses parents. Au milieu de leurs disputes, mise à l’écart par ses demi-sœurs, elle ne se sent pas aimée. Ballotée de l’un à l’autre, elle erre à travers la ville avec son sac à dos et son chat noir. Frôlant le désespoir, elle essaie de préserver son innocence.

Un film exutoire, balayé par les démons de la réalisatrice, une folie rebelle, une tonalité toute en contrepoints et en contraires, qui oscille entre le punk révolté et la tendresse écorchée vive, entre récolte et détresse, le tout porté par un scénario entre la roublardise (détournement des événements personnels, satire virulente du monde des artistes et des égos surdimensionnés) et le catharsis lucide, mais jamais inutilement vengeur, d’une enfance sacrifiée.

On continue avec une nouveauté pourtant réalisée en 1969 : Baal de Volker Schlöndorff.

1969 : Volker Schlöndorff ,qui a déjà réalisé le très remarqué Désarrois de l’élève Törless d’après Robert Musil, adapte pour la télévision allemande un autre monument de la littérature germanique écrit en 1918 : Baal de Bertold Brecht. Une version de 90 minutes et modernisée du destin du jeune poète, anarchiste et nihiliste Baal, séducteur et meurtrier…

Programmé au printemps 1969 à une heure de grande écoute sur la première chaîne allemande, le film provoqua rapidement une vague d’indignations, et Volker Schlöndorff reçut de nombreuses lettres de menace. On le voulait « pendu » ou « jeté dans de l’huile bouillante »...

La veuve de Bertolt Brecht, Hélène Weigel, était extrêmement insatisfaite de l’adaptation du roman de son défunt époux. Elle demanda donc que le film soit interdit de projection. Aujourd’hui, Juliane Lorenz et la Fondation Rainer Werner Fassbinder ont réussi à lever cette interdiction.

Car outre l’audace de la transcription, l’évocation en arrière plan d’une Allemagne des années 70 et ses violentes iniquités sociales et sociétales et le portrait sanctifié et sacrificiel de Baal, le film vaut pour la présence dans le rôle titre de Rainer Werner Fassbinder dont la puissance de jeu et le charisme hyper sexué semblent tout phagocyter sur leur passage.

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