La chronique ciné
Magazine
Mercredi 4 mars 2015
4 min

"L'abri" de Fernand Melgar / "Tokyo fiancée" de Stefan Liberski

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande le documentaire "L'Abri" de Fernand Melgar et "Tokyo fiancée" de Stefan Liberski.

Première recommandation : L’abri, du suisse Fernand Melgar, remarquable documentaire en immersion, humaniste, lucide et engagé dans un centre d’hébergement de sans-abris de Lausanne.

Un hiver au cœur d’un centre d'hébergement d’urgence pour sans-abris à Lausanne. A la porte de ce souterrain méconnu se déroule chaque soir le même rituel d’entrée qui donne lieu à des bousculades parfois violentes. Le personnel a la lourde tâche de « trier les pauvres » : femmes et enfants d’abord, hommes ensuite –de tous horizons, et de plus en plus d’Europe…

L’Union Européenne compterait 4,1 millions de sans-abri, quand plus de 11 millions de logements sont vacants, selon une récente enquête du quotidien britannique The Guardian. La France deuxième avec 2,4 millions de logements vides (Espagne première avec 3,4, chiffres de 2011) pour 150 000 sans abri et plus de 3 millions de mal logés

Le documentaire n'a rien d'un acte d'accusation, même s’il soulève de nombreux problèmes de fonctionnement. Ce n’est pas la première fois que ce cinéaste aborde ces questions douloureuses et cruciales.

L'immigration et l'accueil d'urgence sont des thèmes qui tiennent à cœur à Fernand Melgar. En 2008, La Forteresse présentait les conditions d'accueil des migrants dans un centre. En 2011, Vol spécial étudiait le processus d'expulsion de ceux qui n'étaient pas acceptés.

Fernand Melgar a passé six mois à filmer les sans-abri qui lui en ont donné l’autorisation, à l’intérieur et à l’extérieur de l’abri. Parfois (mais pas systématiquement), la présence de la caméra a pu permettre à certains de trouver une place à l’intérieur de l’abri.

Il signe une œuvre salutaire dans son écriture, intuitive et néanmoins d’une belle rigueur d’approche et d’écoute, osant la narration sans jamais édulcorer l’objectivité de l’acuité réaliste. Proche des êtres humains, SDF ou responsables de cet abri, il ne franchit jamais la frontière de la fausse commisération, articulant son film autour du concret logistique (nombre limité de lits, priorité aux femmes, enfants et familles) tout en enregistrant la détresse des employés, et cette multitude de drames humains qu’il capte sans jamais les exploiter.

Second conseil : Tokyo fiancée de Stefan Liberski, cinquième film dui cinéaste belge, d’après Ni d'Eve, ni d'Adam d'Amélie Nothomb paru en 2007.

La tête pleine de rêves, Amélie, 20 ans, revient dans le Japon de son enfance. Elle propose des cours particuliers de français et rencontre Rinri, son premier et unique élève, un jeune Japonais qui devient bientôt son amant. A travers les surprises, bonheurs et déboires de ce choc culturel drôle et poétique, nous découvrons une Amélie toute en spontanéité et tendresse, qui allie la grâce d'un ikebana à l'espièglerie d'un personnage de manga.

Une comédie rythmée, colorée, graphique, référencée (hommage entre autres à la Nouvelle vague et à Truffaut) qui, par son sens du cadre et du montage, trouve un joli équivalent cinématographique à la folie douce, au cocasse mélancolique et à l’absurde à froid de la prose de Nothomb. Avec la toujours formidable Pauline Etienne (La religieuse, Eden, 2 automnes 3 hivers ).

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