La chronique ciné
Magazine
Mercredi 14 janvier 2015
4 min

"The Cut" de Fatih Akin / "Bébé Tigre" de Cyprien Vial

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande "The Cut" de Fatih Akin et "Bébé Tigre" de Cyprien Vial.

Les deux faces d’une même transhumance, intime et douloureuse.

Commençons avec The Cut, le nouveau film du cinéaste allemand d’origine turque Fatih Akin. Découvert en 2004 avec Head on, il confirme son talent avec Soul Kitchen, et le sublime De l’autre côté en 2007 où il questionnait déjà avec infiniment de subtilité les très complexes questions de l’identité, de ce qui l’édifie, de la frontière, et de la famille qui peut se construire en dehors des liens de sang.

Dans The Cut, Nazareth Manoogian est déporté de son village natal de Mardin en Turquie. Il échappe de peu à la mort grâce à l’aide de son bourreau, mais à la suite de son égorgement il perd la voix. A la suite du massacre du peuple arménien, il apprend que ses filles pourraient être encore vivantes et parcourt le monde pour les retrouver.

Disons le d’emblée, la première partie autour de l’extermination systématisée des arméniens, sujet lourd et grave s’il en est, est décevante. On sent que le réalisateur est bridé par la gravité de cette reconstitution historique, la responsabilité qui pèse sur ses épaules. Ce génocide a en effet rarement été filmé. On ne le sent pas à l’aise et l’ensemble est assez figé, un rien scolaire.

Mais la seconde partie, celle de l’odyssée d’un homme désespéré, et pourtant mû par l’espoir de retrouver ses filles et bouleversante. Le sujet d'Akin est la migration d’un homme à travers le monde qui va de pays en pays retrouver les siens.C’est l’histoire d’une culture, de traditions, de chants, qui se sont disséminés aux quatre coins de la planète, se sont greffés, mélangés, pour mieux survivre et renaître de leurs cendres. La mixité et le partage comme magnifique idée de résistance et persistance.

Bébé Tigre, c’est Many, jeune Indien de 17 ans, pris en charge par l’état français il y a 2 ans. Sur la voie d'une intégration exemplaire, il ne pose de problème à personne, sauf à ses parents à qui il ne peut envoyer d'argent... Pour palier cela, il va lui falloir sortir du droit chemin.

Subtil portait d’un jeune adolescent sans cesse tiraillé entre les contraires de la nationalité, de la probité, de l’amour…
Servi par une écriture qui sans manichéisme ni raccourcis sociétaux ni angélisme ni jugement aborde tous les sujets la religion, le poids d’une culture qui se disperse à laquelle tout vous pousse à renoncer, le petit banditisme, la mixité amoureuse et la relation complexe avec le passeur et la famille d’adoption.

Le tout est servi par une mise en scène réactive, qui ne devance jamais le récit et laisse à ses personnages un véritable libre arbitre, et l’interprétation effarante de nuances du débutant Harmandeep Palminder qui fait ses débuts. Impressionnant de maturité.

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