Mercredi 10 décembre 2014
4 min

Coup de coeur pour "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako

Cette semaine, coup de coeur de Xavier Leherpeur pour le film "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako, film orphelin des prix qu'il aurait dû remporter...

Timbuktu est un film orphelin. Orphelin des prix qu’il aurait dû remporter lors du dernier Festival de Cannes et que, par un soin quasi stakhanoviste, les membres du jury, emmenés par la présidente Jane Campion, ont choisi d’écarter. Injustice criante qui nous pousse plus que jamais à affirmer la beauté formelle, la puissance émotionnelle et l’indéniable courage de ce film magistral.

En juillet 2012, au Mali un couple est lapidé pour ne pas s’être marié devant Dieu. Face à l’absence de mobilisation internationale, Abderrahmane Sissako décide de tourner Timbuktu, « Parce que mon rôle d’artiste est d’être passeur de cette conscience collective révoltée ».

La ville de Tombouctou est tombée aux mains des jihadistes. Chaque jour, sur leur moto, armes en bandoulière et mégaphone à la main, ils exhortent les citoyens apurés de ne pas écouter de musique, de porter des chaussettes et autres diktats absurdes. A l’écart de cette cité assiégée, Kidane vit avec ses parents. Une existence paisible qui va basculer le jour où son père ira se venger du pêcheur qui a tué sa vache et subira la justice expéditive des religieux extrémistes.

Une œuvre engagée mais nullement dogmatique. Un film manifeste en hommage aux femmes et au septième art.

Les femmes, en effet, sont celles à qui Sissako rend d’abord hommage. Pour leur courage. Leur manière obstinée de refuser de céder aux menaces. Là, une vendeuse poissons qui refuse de porter des gants, élément vestimentaire peu pratique pour son commerce. Une autre qui refuse de céder sa fille à ce soldat qui détourne le texte coranique à son avantage pour la ravir à ses parents.

L’autre puissance du film est de refuser tout dogmatisme : Sissako ose de sublimes acmés de cinéma. Des moments suspendus dans un moment de grâce poétique et surréaliste que seuls la valeur de cadre, la musique, le montage, le relief sonore et le mouvement de caméra peuvent édifier. Oser la beauté, la dérision, le décalage surréaliste (une danse transe montée en parallèle d’une scène de lapidation) et l’humour vaut bien plus que tous les discours.

Autre coup de cœur : Le Chant de la mer de Tomm Moore

Réalisateur irlandais de 37 ans auteur d’un premier et précédent film d’animation salué par la presse : Brendan le secret de Kells. Ici l’histoire d’une petite fille qui découvre qu’elle est une selkie, une fée de la mer dont le chant peut délivrer les êtres magiques du sort que leur a jeté la Sorcière aux hiboux. Point de départ d'un fantastique voyage, qui l’emmènera en compagnie de son frère aîné à affronter peurs et dangers.

Hommage à la culture irlandaise, beauté formelle envoûtante, mélange subtil de poésie, lyrisme et cocasserie : à ne surtout pas manquer.

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