La chronique ciné
Magazine
Mercredi 3 décembre 2014
5 min

Coup de coeur pour "Mr Turner" de Mike Leigh

Premier coup de cœur cette semaine pour Mr Turner, le nouveau film du cinéaste britannique Mike Leigh qui retrace les dernières années de création du peintre Turner…

Mr Turner, un objet cinématographique passionnant mais étrangement mal reçu à Cannes cette année, où il était présenté en compétition. Le film y fut considéré comme trop long, trop classique, trop linéaire…

L'histoire : les dernières années de l’existence du peintre britannique, J.M.W Turner, où il vit entouré de son père et de sa dévouée gouvernante. Il fréquente l’aristocratie, visite les bordels et nourrit son inspiration par ses nombreux voyages. A la mort de son père, profondément affecté, Turner s’isole. Sa vie change cependant quand il rencontre Mrs Booth, propriétaire d’une pension de famille en bord de mer.

Comment expliquer ce mauvais accueil Cannois ? Etrange, car le film - même s’il ne correspond pas d’emblée aux inspirations plus sociétales et plus amères de son auteur (Secrets et mensonges, Life is sweet, Another year ou encore Vera Drake sur une avorteuse) - n’est pas pour autant un bel objet purement esthétique comme lui ont un peu trop vite reproché ses détracteurs.

Certes le film est d’une beauté absolue. Chaque plan est d’une puissance, d’une flamboyance formelle indéniable. Mais ce n’est pas pour autant une simple succession de plans magnifiques même si le soin apporté à la lumière est stupéfiant dans sa reconstitution de l’art de Turner.

La force du film réside d’abord dans sa manière de pas figer le film dans sa méticulosité esthétique mais de filmer la vie quotidienne de cet homme et du monde qui l’entoure : son atelier, le concret de la peinture (préparation des couleurs), le microcosme un peu minable du monde de l’art, les rivalités… C’est moins l’écrin que son contenu qui intéresse Leigh ici qui dessine, avec cet art consommé du trait caustique, une bourgeoisie poussiéreuse.

Mais la force du film est aussi dans se manière de pénétrer dans le tableau qu’il compose : Turner interprété par le formidable Timothy Spall (PRIX INTERPRETATION) c’est lui : bougon, peu aimable, sans concession, volontiers persifleur, sûr de son talent. Le tout sans nuance avec ironie et lucidité.

-- Un autre conseil : Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar

Inspiré d’une histoire vraie, celle d’une classe que l’on dirait de manière très générique en difficulté du lycée Léon Blum de Créteil et qui sous l’égide de sa professeure d’histoire participe à un concours national dont le but est de réaliser un travail collectif sur les enfants déportés durant la seconde guerre mondiale.

L’éveil à la conscience d’un drame filmé sans pathos inutile ni grandiloquence pour affirmer encore et toujours et sans naïveté les mérites du collectif, de la mixité ethnique et de l’école publique. Le petit plus est que le film a été écrit par un des élèves à 17 ans deux ans après les faits. Et cerise sur le gâteau c’est la toujours géniale Ariane Ascaride qui interprète le prof.

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