La chronique ciné
Magazine
Mercredi 18 mars 2015
4 min

"Anton Tchekhov, 1890" de René Féret / "Big Eyes" de Tim Burton

Cette semaine, Xavier Leherpeur vous recommande deux biopics très différents : "Anton Tchekhov, 1890" de René Feret et "Big Eyes" de Tim Burton.

Anton Tchekhov, 1890 et Big Eyes attestent dans les deux cas que le biopic, ou biographie au cinéma, n’est pas seulement un exercice didactique et scrupuleux mettant en belles images une fiche Wikipédia. Et que pour une The Lady de Luc Besson sur Aung San Suu Kyi, ou un Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, films respectables dans leurs intentions mais un peu sages, on peut, voire peut-être on doit, prendre des libertés, trancher, faire des choix et s’approprier le personnage central. Rappelez-vous le sublime Saint Laurent de Bertrand Bonello par exemple.

René Féret est l’auteur de Baptême, de La Communion solennelle ou encore du Mystère Alexina. Débarrassons-nous d’emblée de la scène un peu maladroite sur laquelle s’ouvre Anton Tchekhov, 1890, lever de rideau figé introduisant le personnage principal de cette miniature biographique. Car une fois cette introduction un rien scolaire déposée, le film se balade avec pertinence et liberté dans la vie d’Anton Tchekov. Choisissant des épisodes de vie qui, principaux ou anecdotiques, dessinent avec intelligence le portait intimiste, artistique et politique d’un écrivain médecin.

Raréfiant le plus possible les écueils du film à costumes pour se recentrer sur l’universalité du portrait d’un artiste au travail, son inspiration et son engagement humaniste, René Féret signe un film combinant la délicatesse de l’esquisse à une belle fermeté du geste cinématographique. Avec dans le rôle principal Nicolas Giraud, comédien vu récemment dans Voir la mer de Patrice Leconte ou Loin des hommes de David Oelhoffen. Un acteur qui ne fait rien dans la force ou dans la performance. Qui ne cherche pas l’exactitude mais trouve une vérité, la sienne ainsi que celle du son réalisateur et qui joue d’une musicalité et d’une tonalité étonnement justes. Discret, autoritaire, solaire, ombrageux, affirmé, timide, curieux… grâce à lui, Tchekov est un homme muable, mystérieux, insaisissable et plurie l.

Entre deux énormes projets Tim Burton travaille actuellement sur une version live de Dumbo pour Disney et a réalisé Big Eyes, film modeste mais bouleversant.

Le film raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret.

Du sur-mesure pour Burton qui retrouve d’ailleurs les scénaristes d’Ed Wood. Et qui s’est souvent inspiré des œuvres de cette femme dans ses films (L'Etrange Noël de Mr Jack, Les Noces funèbres, Frankenweenie ). L’histoire d’une imposture, d’un talent dénié mais exploité, d’une différence, d’une liberté dont on vous prive, d’une cage dorée, d’une enfant dans un corps d’adulte et d’une solitude sauvée par l’art … des thèmes qui lui sont chers, personnels pour ne pas dire autobiographique et dont la noirceur est ici filmé sur fond d’Amérique des années 50 belle et proprette, mais entièrement dévouée au mercantilisme et où les femmes ne font pas partie du tableau.

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