L'invité du jour
Entretien
Vendredi 25 décembre 2020
25 min

Renaud Capuçon : "Ivry Gitlis avait ce pouvoir de vous émouvoir aux larmes en 3 notes"

Il aura passé plus de 90 ans de sa vie avec un violon entre les mains... Ivry Gitlis nous a quittés le 24 décembre à l'âge de 98 ans. Ses amis, tels que Renaud Capuçon, Frédéric Lodéon et Jean-Michel Molkhou saluent avec émotion, la mémoire de ce grand violoniste.

Renaud Capuçon : "Ivry Gitlis avait ce pouvoir de vous émouvoir aux larmes en 3 notes"
Ivry Gitlis à Dakar en 2004 - Matinale spéciale en hommage à Ivry Gitlis qui nous a quittés à l'âge de 93 ans, © Getty / Gamma-Rapho

Pour rendre hommage à Ivry Gitlis, Jean-Michel Molkou, grand spécialiste du violon et critique à Diapason revient sur ses années d'amitié avec le violoniste. Il consacre un chapitre entier à Ivry Gitlis dans son ouvrage : "Les grands violonistes du XXe siècle" paru il y a quelques années chez Buchet Chastel.
Jean-Michel Molkou s'est occupé de son ami jusqu'à la fin : "Il était très diminué ces derniers mois", mais a gardé une mémoire exceptionnelle et son humour jusqu'au dernier jour, nous raconte l'écrivain.
Ivry Gitlis qui est né à Haïfa en 1922, a toujours laissé planer un doute sur le jour et l'année de sa naissance : "Il voulait faire croire qu'il avait 5 ans de moins. Ça faisait partie de ses coquetteries formidables alors qu'il a toujours été _éternellement jeune_" raconte avec malice Jean-Michel Molkou.
Il sortait très régulièrement écouter ses amis musiciens sur scène mais aimait aussi découvrir des jeunes talents dans de nombreuses salles de spectacle, qu'il fréquentait assidûment jusqu'à ses 96 ans : "Il était une grande figure des salles de concerts parisiennes, pour en avoir été pendant longtemps, une grande figure sur scène" déclare l'écrivain.
Ivry Gitlis a traversé une bonne partie du XXe siècle, voyageant sur tous les continents. En effet, après sa naissance en Palestine, il part en Europe, puis aux Etats-Unis, avant de revenir s'installer en France. La vie du violoniste aura ainsi été extrêmement mouvementée, "jusqu'à la seconde guerre mondiale qui lui laissera des traces terribles sur sa vie" raconte Jean-Michel Molkou.

Adulé par tous ses pairs, Jean-Michel Molkou se souvient avoir entendu Isaac Stern dire : "De nous tous, Ivry Gitlis était le plus grand". Certains de ses enregistrements sont encore considérés comme des versions de référence, tel que le concerto pour violon de Sibelius, "en particulier ce qu'il a enregistré pour Vox dans les années 1954 et 1955" déclare l'écrivain.
En terme de répertoire, Ivry Gitlis pouvait être très surprenant dans ses choix. Selon son ami : "Il voulait se démarquer". Pourtant, le violoniste est reconnaissable par le son de son instrument : "On reconnait Ivry en 2 mesures. Il fait partie des violonistes dont le son, la liberté, la façon de jouer avec les barres de mesure étaient une signature. Il avait une identité extrêmement forte et il l’a toujours revendiquée", se souvient Jean-Michel Molkou.
Renaud Capuçon confirme cette sonorité propre à Ivry Gitlis : "Il est reconnaissable en quelques notes".

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Renaud Capuçon salue également la liberté dont faisait preuve Ivry Gitlis : "Il y avait quelque chose de grisant à l’entendre... ce langage qui n’appartenait qu'à lui". Selon lui, "Il s'exprimait au violon comme dans la vie".
Le musicien nous raconte avoir rencontré Ivry Gitlis pour la première fois à l'âge de 18 ans lors d'une masterclass. Même si il avoue ne pas avoir tout de suite compris le génie du personnage et ce qu'il disait sur la notion de liberté, Renaud Capuçon se rappelle avec émotion de cet étonnant professeur.
Selon lui, la liberté d'Ivry Gitlis s'entend dès les premières notes dans ses interprétations et cela peut vous émouvoir aux larmes : "Il a un rubato perpétuel qui n'appartient qu'à lui mais qui est toujours organique... Il était un exceptionnel funambule".

Frédéric Lodéon pointe du doigt l'humanisme d'Ivry Gitlis : "Il voulait voir la réconciliation entre Israël et La Palestine... C’était un homme du monde". Avec "son vieux copain" comme il aime l'appeler, Frédéric Lodéon a partagé avec Ivry Gitlis la scène mais également les plateaux de télévision, comme sur le plateau du Grand Échiquier avec Jacques Chancel.

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