L'invité du jour
Entretien
Mercredi 14 septembre 2016
37 min

Raphaël Pichon : "la musique ancienne est une quête inlassable"

Saskia de Ville recevait ce mercredi 14 septembre le chef d'orchestre Raphaël Pichon pour fêter les dix ans de l’ensemble Pygmalion, chœur et orchestre dédié au répertoire sur instruments d’époque et aujourd’hui associé de l’Opéra de Bordeaux.

« Je suis venu à la musique par le chant et essentiellement par le répertoire sacré ». Raphaël Pichon s’initie à la musique par l’apprentissage du violon, mais c’est lorsqu’il rejoint la Maîtrise des Petits Chanteurs de Versailles et interprète la Passion Selon Saint Jean de J.-S. Bach que se produit son tout premier choc sensoriel : « il s’est créé en moi un besoin viscéral de musique. »

C’est le chant qui lui ouvre également, à dix-huit ans, les portes du CNSM de Paris. On lui refuse cependant l’entrée en classe de direction, sous prétexte qu’il est gaucher : «il y avait, depuis le début du XIXe siècle, une sorte de dogme qui voulait que la main droite dirige et que celle de gauche serve à l’expression ».

Le jeune Raphaël Pichon n’en est pas pour autant découragé : moins de cinq ans plus tard, il crée Pygmalion. « C’était à la fois une opportunité et une chose réfléchie » : une opportunité, car l’ensemble est formé en quinze jours seulement suite au désistement d’une formation invitée de l’Europa Bach Festival, et une chose réfléchie, puisque voilà déjà plusieurs années qu’il souhaite fonder son propre projet.

« J’avais notamment l’envie d’aborder Bach avec un mélange d’innocence, de réflexion et d’énergie, car son œuvre était encore chasse gardée par les musiciens belges, allemands et anglais ». Dix ans plus tard, le chef et son ensemble conserve ce même attrait pour la musique ancienne et baroque : « c’est une quête inlassable, tendre à ce que le cœur du chanteur ait la même souplesse qu’un orchestre et qu’un orchestre ait la même pâte qu’un chanteur ».

Cette «souplesse », cette « pâte » de l’ensemble Pygmalion lui permettent d’explorer et de faire revivre un répertoire que l’on entend encore peu : « les grandes salles osent aujourd’hui le pari de la programmation d’œuvres plus méconnues. C’est une chose extrêmement positive. Ce sont des projets portés par des artistes qui sont alors totalement engagés

Des paris, Raphaël Pichon est prêt à en faire encore bien d’autres : construire une salle de concert sur un bateau, jouer dans les théâtres antiques de la Méditerranée, répéter sans aucune finalité de concert… « Pour les dix prochaines années, j’ai encore plein d’envies et de questions telles que la transmission de la musique, ses lieux, ses publics... Beaucoup d’autres le font déjà, mais j’aimerais voir ce que nous pouvons faire chez Pygmalion, avec nos propres moyens ».

Programmation musicale :

Wolfgang Amadeus Mozart
Danse allemande en ré majeur K.571 n°6
Concentus Musicus Wien
Nikolaus Harnoncourt, direction
Sony

Henri Purcell
Three treble parts upon a ground pour 3 instruments de dessus et basse continue
La Fenice, Jean Tubéry
Ars Produktion

Jean-Philippe Rameau
Dardanus
Air : Régnez, plaisirs, régnez
(version de 1744)
Ensemble Pygmalion
Raphaël Pichon, direction
L’ange Gardien

Jean-Sébastien Bach
Messe en si mineur BWV 232
Gloria in Excelsis Deo

Ensemble Pygmalion
Eugénie Warnier, soprano
Anna Reinhold, mezzo-soprano
Raphaël Pichon, direction
Alpha Classics

Robert Schumann
Meerfey op.69 n°5 pour voix de femmes a cappella
Ensemble Pygmalion
Eugénie Warnier, soprano
Anna Reinhold, mezzo-soprano
Raphaël Pichon, direction
Harmonia Mundi

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