L'invité du jour
Entretien
Mercredi 15 décembre 2021
25 min

Crise à l'opéra : les institutions lyriques sont-elles à bout de souffle ?

Déjà mal-en-point, la crise sanitaire a porté un nouveau coup à l’opéra. Avec ses difficultés budgétaires et le questionnement sur son répertoire, de nombreux défis attendent les maisons lyriques, encore boudées par les jeunes générations. Alors l’opéra arrivera-t-il à déjouer la force du destin ?

Crise à l'opéra : les institutions lyriques sont-elles à bout de souffle ?
Caroline Sonrier, directrice de l'Opéra de Lille et Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la Musique, © Francesco D'Abbraccio - Eléna Bauer / Opéra national de Paris

Et si un jour les opéras fermaient leurs portes à jamais ? Dans son livre L’Opéra, s’il vous plaît, plaidoyer pour l’art lyrique sorti récemment aux Belles Lettres, Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la Musique, se pose la question de l’avenir de ce genre musical, qui semble pour l’instant plus qu’incertain...
Tout d'abord, la baisse des subventions publiques et du mécénat bouleverse fortement les maisons lyriques, sans compter la crise sanitaire qui a contraint les théâtres à fermer leurs portes durant de longs mois entre 2020 et 2021. Toutefois Jean-Philippe Thiellay souligne l'aide précieuse de la puissance publique qui a maintenu les financements durant cette période perturbée car il le rappelle : "sans mécénat et sans finances publiques il n’y a pas d'opéra".
Selon Caroline Sonrier, directrice de l'Opéra de Lille, qui a remis un rapport en octobre dernier au Ministère de la Culture sur "La politique de l’art lyrique en France", l'opéra a dû faire face à une baisse de 9% de subventions en quelques années seulement.

"Il y a toujours eu des débats sur l’avenir de l’opéra mais avant il n’y avait pas Netflix" Jean-Philippe Thiellay

Au-delà de l’aspect économique, les menaces qui pèsent sur l’opéra sont principalement des menaces sociales. Dans son ouvrage, Jean-Philippe Thiellay évoque la problématique du renouvellement du public et en particulier de la Génération Z qui déserte cruellement les salles d’opéras.
Pourtant, le succès des avant-premières jeunes mises en place à l’Opéra de Paris laisse entrevoir une petite éclaircie sur le rajeunissement du public. Et lorsqu’un spectacle comme celui des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau donné dans une version hip-hop avait reçu un accueil chaleureux de la part du public plus jeune venu assister à cette production, l’opéra semble bel et bien avoir un avenir devant lui… Pour Jean-Philippe Thiellay, les metteurs en scène ont un rôle éminemment important à jouer dans cette réflexion et ce succès est "une piste supplémentaire pour que les opéras s'ouvrent encore plus". D'ailleurs, selon Caroline Sonrier le genre baroque est sans doute une clef pour attirer un "public plus nouveau et peut-être plus curieux".

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L'opéra : La maison des morts ?

Autre problématique importante, celle de la réflexion autour de la programmation. La question du répertoire y est primordiale. Très souvent taxé d’être uniquement tourné vers le passé, l’opéra se doit de représenter au mieux la société et donc de donner davantage de créations : "Il faut créer, créer et encore créer pour montrer que l'opéra n'est pas un genre muséal" signale Jean-Philippe Thiellay. Toutefois, même si les maisons d’opéras proposent chaque année une création durant leur saison, les œuvres sont très rarement reprises par la suite et disparaissent de l’affiche rapidement. Il est donc vital de les reprogrammer plusieurs années après afin qu'elles puissent rentrer au répertoire.
La création est ainsi l’une des pistes qui permettraient de redonner toutes les lettres de noblesse à ce genre musical, en le rendant davantage vivant et populaire, comme il l’a été par le passé et comme il se doit de l'être à nouveau...

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