L'invité du jour
Entretien
Mercredi 25 mai 2016
40 min

Pumeza Matshikiza

C'est dans le contexte violent de l'Afrique du Sud post-Apartheid que Pumeza a grandi dans les années 1990. Sa mère l'a élevée seule, ainsi que ses frères, dans un township du Cap. Même si elle était membre d'une chorale d'église et grande amatrice de musique, elle ne pouvait pas donner de cours de musique à sa fille : « il est difficile pour une mère célibataire qui s'inquiète avant tout de ce que vous allez manger, de trouver le temps de vous donner des leçons de piano », raconte Pumeza. Malgré tout, Pumeza a très tôt chanté elle aussi dans des chorales d'église, où elle a pu être sensibilisée à la musique sacrée. Elle découvre l'opéra par hasard en écoutant la radio et commence à se passionner pour cet art, particulièrement mal perçu en Afrique du Sud : « dans un pays où les besoins primaires ne sont pas satisfaits, l'opéra est un luxe » ; c'est aussi un vestige de l'apartheid culturel. Ainsi, même si elle est issue d'une lignée d'artistes Sud-Africains renommés (le musicien et compositeur de jazz Todd Matshikiza et son fils John, acteur, metteur-en-scène et journaliste), ce n'est que tardivement que Pumeza a réellement commencé à étudier la musique classique, lorsqu'elle a décidé de s'inscrire au South African College of Music de l'Université du Cap : « j'avais 21 ans et je me disais 'je suis en train d'apprendre ce qu'on enseigne à un enfant de 6 ans !' ».

C'est à cette époque que le compositeur Sud-Africain Kevin Volans la repère sur la scène du Wilton's Music Hall de Londres, alors qu'elle chante le rôle de Frasquita (Carmen de Bizet), dans le cadre d'une tournée avec d'autres étudiants Sud-Africains. Pumeza accepte alors d'auditionner pour le nouvel opéra que Kevin Volans est en train de composer. Quand elle lui explique qu'elle aimerait étudier l'opéra en Europe, il lui décroche une audition au prestigieux Royal College of Music de Londres : « il m'a payé le billet d'avion, en me disant de ne pas me mettre la pression si je n'étais pas prise et de considérer ce voyage comme des vacances ! ». Lors de son audition au Royal College of Music, le jury lui demande si elle a prévu d'auditionner pour d'autres écoles. « Lorsque je leur ai répondu « oui », ils m'ont dit que ce n'était pas la peine puisqu'ils allaient prendre en charge toute ma scolarité. »

C'est ainsi qu'a démarré l'incroyable aventure européenne de Pumeza. Diplômée du Royal College of Music de Londres en 2007, elle devient membre du Programme Jeunes Artistes du Royal Opera House de Covent Garden de 2007 à 2009 puis elle obtient en 2010 le Premier Prix du Concours International de Chant Veronica Dunne de Dublin. Elle décroche ensuite un contrat de 3 ans avec l'Opéra de Stuttgart en tant qu'artiste associée.

Elle a publié son premier album « Voice of Hope » en 2015. Conçu comme un voyage musical, le disque retrace le parcours de Pumeza, depuis les townships qui l'ont vue grandir (chansons traditionnelles Sud-Africaines, compositions de Kevin Volans et Todd Matshikiza) jusqu'aux scènes des prestigieux opéras européens qui l'accueillent aujourd'hui (airs de Puccini, Mozart...).
Aujourd'hui elle revient avec son second album, Arias, comprenant une sélection des plus grands airs d’opéra des nombreux rôles dans lesquels elle s’est illustrée : Mimi, Susanna, Liu, Didon, et Concepcion. S’ajoutent « Le Chant de la Lune » de Rusalka et « Ebben, ne andro lontano » de La Wally.
Figurent également des arrangements, ainsi qu'une version de la fameuse aria « Lungi del caro bene » de Sarti, originellement conçue pour Renata Tebaldi dans les années 1970.

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