L'invité du jour
Entretien
Lundi 7 novembre 2016
40 min

Pretty Yende : « Ma vie montre que tout est possible »

Ovationnée à Bastille pour son rôle-titre dans l’opéra de Donizetti, Lucia di Lammermoor, la soprano Pretty Yende est l'invitée de Saskia de Ville.

« Ma vie montre que tout est possible ». Née en 1982 à Piet Retief, “petite bourgade ” d’Afrique du Sud, la soprano Pretty Yende est née de parents qui, ayant connu l’apartheid, ont su lui apprendre à saisir chaque opportunité. « Dès mon plus jeune âge, on m’a dit que je devais faire ce que je désirais. Aujourd’hui, je chante Lucia di Lammermoor à Bastille. C’est formidable ! »

Saluée par le public et la critique pour ce rôle qu’elle tient du 14 octobre au 16 novembre à l’Opéra de Paris, Pretty Yende ne se destinait pourtant pas à ce type de rôle : « je ne pensais pas que ma voix était faite pour le Bel Canto. Mais lorsque lorsque j’étudiais à l’académie de la Scala, Mirella Freni m’a conseillé de travailler ce répertoire ».

Un conseil avisé puisque la soprano sud-africaine a incarné les plus emblématiques héroïnes de l’opéra italien : Rosina, Elvira, Norina… et enfin, Lucia. « Lorsqu’on m’a parlé pour la première fois de ce rôle, en 2012, je ne me sentais pas à la hauteur de cette partition. Je n’avais pas le contre mi bémol que l’on entend dans l’air de la folie. Mais je ne me laisse jamais abattre et j’ai donc travaillé ». Un an plus tard seulement, elle est ainsi à l’affiche de Lucia di Lammermoor, à l’Opéra de Cape Town, dans son pays natal.

Ce pays, l’Afrique du Sud, est resté une inépuisable source d’inspiration et de motivation pour la chanteuse : «chez moi on dit qu’il faut un village entier pour éduquer un enfant. Cela a bien été mon cas. Mon village est une ‘Pretty Army’, un éternel soutien, et je me sens investie d’une mission vis-à-vis d’eux ».

Car l’Afrique du Sud est aussi un pays où, longtemps, l’accès aux salles d’opéra était interdit à la population noire, du fait des lois ségrégationnistes. « S’il y a peu de chanteurs sud-africains aujourd’hui, c’est une question de possibilité. Jusqu’à la libération de Nelson Mandela, les conditions n’étaient pas réunies pour que les Noirs puissent chanter. Pour ma part, j’ai la chance d’évoluer dans une meilleure époque. J’ai pu voyager, poursuivre une carrière internationale ».

Dans son premier album, A Journey, Pretty Yend reprend les grands airs qui ont marqué cette carrière et qui témoignent par ailleurs de l’évolution de sa voix, une voix qu’elle n’a d’ailleurs pas fini d’explorer : « Angelo Gobbato (ndrl : le directeur de l’école de chant de Cape Town, où Pretty Yende a étudié) m’a appris que je devais puiser au fond de moi-même pour tirer profit de ma voix et la faire partager. Mon but ultime, au-delà des décors, des costumes, et même de la musique, est de toucher le coeur du public

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Programmation musicale

Leo Delibes
Lakmé : Viens Mallika… sous le dôme épais
Pretty Yende, soprano
Kate Aldrich, mezzo-soprano
Orchestre symphonique national de la RAI,
Marco Armiliat, direction
SONY

Gioacchino Rossini
Le Comte Ory : En proie à la tristesse… Vous que l'on dit sensible…
Pretty Yende, soprano
Kate Aldrich, mezzo-soprano
Orchestre symphonique national de la RAI,
Marco Armiliato, direction
SONY

Gaetano Donizetti
Lucia de Lammermoor : Air de la folie
Pretty Yende, soprano
Orchestre de l'Opéra national de Paris,
Riccardo Frizza, direction

Gioacchino Rossini
Le Barbier de Séville : Una voce poco fa
Pretty Yende, soprano
Orchestre symphonique national de la RAI,
Marco Armiliato, direction
SONY

Charles Gounod
Roméo et Juliette : Dieu quel frisson court dans mes veines !
Pretty Yende, soprano
Orchestre symphonique national de la RAI,
Marco Armiliato, direction
SONY

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