Jeudi 3 décembre 2020
25 min

Philippe Jordan : "C’est important de dire au revoir mais pas pour l’éternité "

C'est avec une certaine tristesse, tout en étant fier du chemin parcouru, que Philippe Jordan dirigera pour la dernière fois dans quelques jours l'Orchestre de l'Opéra de Paris dans Siegfried, troisième volet du Ring de Wagner, tournant ainsi la page d'un chapitre long de 12 ans.

Philippe Jordan : "C’est important de dire au revoir mais pas pour l’éternité "
Le chef Philippe Jordan lors de la répétition générale du Crépuscule des Dieux à Bastille , © Elisa Haberer

Directeur musical de l'Opéra national de Paris depuis 2009, Philippe Jordan termine son mandat par l'enregistrement du Ring de Wagner, diffusé uniquement sur France Musique du 26 décembre 2020 au 2 janvier 2021.
Lors de sa première saison, il y a 12 ans, le maestro décida de s’atteler au Ring. Une décennie plus tard, il clôture donc son mandat, par ce même Ring qu’il chérît tant.
Cette Tétralogie aurait pu ne jamais voir le jour. Programmée durant cette année noire pour la culture, les rebondissements quant à son organisation étaient dignes des plus grandes séries à succès de notre époque.
D’abord prévue en version scénique dans la mise en scène de Calixto Bieito, c'était sans compter l'épidémie de coronavirus qui fit son entrée fracassante sur scène. Ainsi le projet fut remanié pour devenir une version de concert.  De mal en pis, c'est le reconfinement qui obligea à donner ce Ring sans public. Finalement, les micros de France Musique sont devenus les seuls acceptés dans la salle.
Ainsi les enregistrements ont débuté le 24 novembre par La Walkyrie et se termineront ce dimanche 6 novembre avec Siegfried à l’Auditorium de Radio France.

"Le Prélude de la Walkyrie c’est le Heavy metal du XIXe siècle" 

Grand Wagnérien, Philippe Jordan signe son troisième Ring à l’Opéra de Paris. Cette musique, il la connait bien en l’ayant également dirigé à Zurich ou encore à Bayreuth.
"Wagner nous enseigne de garder une certaine fluidité et un tempo qui suit le rythme de la langue parlé" déclare le chef. Après 12 ans à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, Philippe Jordan sait communiquer au mieux ses attentes à ses musiciens, qui comprennent dorénavant davantage la musique du compositeur allemand. Selon lui : "Ils peuvent anticiper un phrasé".

Lorsqu’on lui demande si les chanteurs wagnériens existent encore, il en est convaincu : "Chaque époque a ses chanteurs et cette nouvelle génération a une autre façon de chanter". Il a réuni sur le plateau la nouvelle génération du chant wagnérien : d’Ekaterina Gubanova à Iain Paterson : "Ils ont une façon de travailler la langue avec une finesse qui me correspond" s’enthousiasme le maestro. 

Forcément déçu de ne pas donner de version scénique de ce Ring, Philippe Jordan reste persuadé que cette musique peut également s’écouter les yeux fermés : "Cette Tétralogie est un art total certes mais tout le théâtre est dans la musique". 

"Il faut partir au plus beau moment"

En partant prendre ses nouvelles fonctions à l’Opéra de Vienne, c’est un chapitre qui s’achève pour Philippe Jordan : "C’est la fin d’un long voyage de 12 ans qu’on a passé ensemble". Et même si "Ça fait mal de dire au revoir", il nous l’assure : "Je reviendrai !".
Le chef salue le travail de ses musiciens et est fier de laisser son orchestre au plus haut niveau d'exécution, des musiciens qui jouent "avec exigence et passion" selon lui.
Philippe Jordan part également sereinement avec l’arrivée du nouveau directeur de l’institution lyrique : "L’Opéra est en très bonne voie avec Alexander Neef".
Les mots sont moins tendres lorsqu’il évoque l’ancien directeur de la grande boutique : Stéphane Lissner. Dans cette interview, on ressent une certaine amertume à son encontre, dû à son départ précipité l’été dernier : "Il est parti et nous a laissé un peu dans le vide".

Interrogé ensuite sur son successeur, dont son nom devrait être connu officiellement dans les prochaines semaines, Philippe Jordan reste évasif. Pourtant un nom revient très souvent, celui du chef vénézuélien Gustavo Dudamel. Interrogé sur cette possibilité, Philippe Jordan estime que "cela serait une bonne nouvelle".

"J’aurai pu rester à Paris pour le reste de ma vie, j’ai passé des moments très heureux dans cette maison et dans cette ville mais il y a des moments où il faut prendre des décisions" conclut-il. 

Comme dans Le Crépuscule des Dieux, c’est certes la fin d’une ère, celle de Philippe Jordan, mais qui laisse entrevoir un nouvel horizon, ouvrant ainsi un nouveau chapitre pour l'Opéra de Paris.

Retrouvez le Ring dans son intégralité pour les fêtes de fin d'année sur France Musique :

  • Samedi 26 décembre 2020, 20h : L’Or du Rhin
  • Lundi 28 décembre 2020, 20h : La Walkyrie
  • Mercredi 30 décembre 2020, 20h : Siegfried.
  • Samedi 2 janvier 2021, 20h : Le Crépuscule des dieux. 

Après ses années au Conservatoire de Zurich, le chef d'orchestre Suisse assiste Jeffrey Tate sur le Ring donné au Théâtre du Châtelet en 1994. Après plusieurs engagements autour de la planète, Philippe Jordan fait ses débuts dans Ariane à Naxos de Strauss à l’Opéra de Paris en 2004, alors qu’il est à peine âgé de 30 ans. Il s’y reproduira deux ans plus tard, encore dans du Strauss avec Le Chevalier à la rose. C’est Nicolas Joël qui décidera de le faire venir durablement en le nommant chef principal à partir de 2009.

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