L'invité du jour
Entretien
Jeudi 23 avril 2015
38 min

Maxime Pascal au Théâtre de l'Athénée : "Mai au Balcon"

Avec son ensemble Le Balcon, le jeune chef d'orchestre Maxime Pascal est à l'honneur au Théâtre de l'Athénée pour le festival "Mai au Balcon". Il est l'invité de Jean-Baptiste Urbain.

Présentation du Théâtre de l'Athénée :

C’est chaud et c’est contemporain ! Une vision italienne et intimiste du mythe de Lohengrin, un regard ironique et rêveur sur un immeuble de Buenos Aires, deux opéras contemporains servis brûlants par Le Balcon.

Du 19 au 23 mai
Avenida de los Incas 3518
Opéra et livret de Fernando Fiszbein
Direction musicale Maxime Pascal
Mise en scène Jacques Osinski
Le Balcon

Le premier tableau de cet opéra est le sixième, et il s’appelle “Otis”, comme l’ascenseur, qui, ça tombe bien ou mal, mais ça tombe, est en panne. De ce tableau initial (qui est le dernier) au finale (qui pourrait être le début), il faudra remonter pas à pas, étage par étage, dans un immeuble situé au 3518, Avenida de los Incas, Buenos Aires. On pourrait appeler ça “l’esprit d’escalier”…

Où sommes-nous ? Dans l’aléatoire d’une bibliothèque qui ferait voisiner Marelle de Cortazar et La Vie mode d’emploi de Perec ? Dans une sitcom teintée de réalisme magique argentin qui met en scène trois copains trentenaires ? “Il s'agit d'un immeuble bourgeois, habité par des gens normaux, dont nous apprenons les histoires par l’observation naturelle qui est propre au cinéma, explique Fernando Fiszbein. D’autre part, il s’agit d’un opéra, et la présence de la musique est le trait d’union entre les différents personnages. La musique est donc chargée de représenter un espace ou une âme, de raconter un moment ou de photographier une émotion, et pourquoi pas, d’instaurer parfois une distance avec l’histoire racontée.

Les trois protagonistes sont amis d'enfance. Un jour, ils décident par jeu de s’introduire dans l'appartement d'un voisin, et sans besoin particulier, ils décident de voler des objets personnels…” Voilà pour le point de départ… qui rejoindra à coup sûr le point d’arrivée, puisqu’avec ou sans ascenseur, nous n’avons jamais quitté le 3518, Avenida de los Incas…

Du 19 au 23 mai
Lohengrin

opéra et livret de Salvatore Sciarrino
d'après la nouvelle de Jules Laforgue
direction musicale Maxime Pascal
mise en scène Jacques Osinski
Le Balcon

On a peut-être oublié qu’à quelques coudées du héros de la légende arthurienne et très au sud de son noble avatar wagnérien se tenait une autre version de Lohengrin, “Chevalier qui s’avance sur les mers, mélodieux de bravoure, franc comme les cimes”, “Avalanche faite cygne” : celle, passablement ironique qu’en a donné Jules Lafargue en 1887 dans ses Moralités légendaires. “Le voici ! Que c’est Lui !”, s’y exclame sa promise Elsa, “vestale assermentée, gardienne des Mystères, des philtres, des formules et du froment des brioches nuptiales”, avant de convoler vers une atterrante lune de miel…

C’est de cette lecture d’un mythe passablement dégarni que le compositeur Salvatore Sciarrino a tiré, en 1982, une “action invisible pour soliste, instrument et voix”. Un voyage où le récit, les mots et la musique sont resserrés jusqu’à devenir les fragments d’un paysage. Une unique voix devient tour à tour celles d’Elsa et de Lohengrin, celle de la foule déchaînée, celles des oiseaux et des insectes. Est-elle un songe, une hallucination, le flux et le reflux d’une conscience égarée ?

“Parfois, le mouvement de l’œuvre m’est inspiré par les différentes phases que la conscience traverse au cours d’une nuit, explique Sciarrino. Il y a le moment non pas du sommeil, mais où la conscience est assoupie, c’est un point mort, un blanc et parfois des moments de tension, où la vigilance est à son paroxysme, où les moindres sons prennent tout leur relief. Puis il y a les chutes de la conscience, instants indispensables… pour se réveiller !” Volant dans les plumes du mythe, Lohengrin est un moment intense de théâtre musical, méditation mouvementée où “il n’y a pas de moments de relâchement, et s’il y en a, ce sont des moments fictionnels où l’on écoute encore davantage.”

Du 12 au 17 juin
La Métamorphose

d'après la nouvelle de Franz Kafka
précédée de "Je, tu ,il" Valère Novarina
opéra de Michaël Levinas
direction musicale Maxime Pascal
mise en scène Nieto
Le Balcon

Blatte ou hanneton? Cancrelat ou scarabée ? Si la querelle fait encore rage parmi les traducteurs et les spécialistes de Kafka, nul n’ignore plus qu’“en se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte.” En revanche, on pourra longtemps chercher ce qui, dans cette histoire publiée il y a maintenant presque un siècle, continue de provoquer chez chacun un aussi profond trouble, voire une aussi forte identification.

Avatar pour avatar, La Métamorphose s’est métamorphosée à son tour, et la nouvelle, adaptée par l’écrivain et traducteur Emmanuel Moses, s’est transformée en opéra – ce qui, réjouissons-nous, n’a rien de monstrueux.

Dans La Conférence des oiseaux, le compositeur Michaël Levinas avait déjà exploré “la dimension animale du monde instrumental”. Dans Froissements d’ailes pour flûte traversière, il avait décrit un oiseau enfermé dans une pièce. Tout en poursuivant cette recherche, il aborde, avec La Métamorphose, des situations plus terre à terre : “J’ai été attiré par la quotidienneté, la trivialité extrême qui donne à cette nouvelle – qui n’est en aucun cas un texte fantastique ou pré-surréaliste – son caractère terrifiant, d’une terreur insondable.”

Pour donner voix à Gregor, il a choisi d’écrire pour la tessiture masculine la plus aiguë, le haute-contre, qui permet d’atteindre “une voix totalement désarmée”, démultipliée par l’électronique : “ombres et retards, vie intérieure de la voix comme polyphonie”.

Sur le même thème