Lundi 3 mai 2021
25 min

Lionel Esparza : "La musique a servi de génie au Moderne"

Lionel Esparza, producteur chez France Musique depuis plus de vingt ans, sort le livre "Le génie des Modernes, la musique au défi du XXIe siècle" aux Éditions Premières Loges, une réflexion sur le devenir de la musique classique dans les sociétés occidentales.

Lionel Esparza : "La musique a servi de génie au Moderne"
Le producteur de Relax ! sur France Musique pour son nouveau livre "Le génie des Modernes", paru aux Editions Premières Loges , © Jean-Baptiste Millot

Le livre “Le génie des Modernes, la musique au défi du XXIe siècle” de Lionel Esparza est paru le 21 avril 2021 aux Éditions Premières Loges.

"Le génie des Modernes, la musique au défi du XXIe siècle" de Lionel Esparza, sorti aux Editions Premières Loges
"Le génie des Modernes, la musique au défi du XXIe siècle" de Lionel Esparza, sorti aux Editions Premières Loges

Le génie des Modernes envisage le devenir de la musique classique dans nos sociétés occidentales. Or le constat de son dépérissement est aisé : son public vieillit, son image demeure élitiste et désuète auprès de ceux qui l’observent de loin, l’éducation à la pratique amateur ou professionnelle se raréfie  après s’être démocratisée, les institutions survivent sous subventions.  
Comprendre les causes profondes de ce dépérissement est indispensable. L’auteur questionne à l’aune des siècles le rapport de l’homme à l’art et au sacré, et brosse l’histoire d’une aspiration supérieure dont le sens même a pu se trouver métamorphosé. Ne se posant ni en censeur ni en défaitiste, il prend le recul nécessaire pour observer la crise de fond d’un univers qui se pensait primordial et se découvre inessentiel, et ose prédire au monde classique un futur... qui reste à écrire au prix d’une profonde autocritique.

Un constat évident

Les questionnements présents dans le livre de Lionel Esparza naissent du constat suivant : si aux funérailles des compositeurs Fauré (1924) et Messiaen (1992), les hommages politiques se succèdent, en 2013, la disparition d’Henri Dutilleux soulève un profond désintérêt général, tant par les politiques que les médias : « Au moment de ses obsèques, il n’y avait personne du monde politique. Beaucoup dans le milieu musical ont pris ça comme une sorte de remise en question. »
En 2016, la disparition de Pierre Boulez réactive le débat, « c’était une sorte d’icône dans le monde de la musique française, qui lui pour le coup avait réussi à voir des liens avec le monde politique. » Or, Lionel Esparza explique que David Bowie, décédé deux jours après Boulez, emporta avec lui les hommages du compositeur en « effaçant en quelques minutes » les discours politiques naissants destinés à Boulez. « Boulez était pour nous tous le chantre de la grande modernité en musique… Et celui qui est devenu le chantre de la modernité, c’est David Bowie. Partout on disait "le grand moderne, c’est lui". »

"Le devenir d'un art sans clientèle est une vraie question"

Lionel Esparza explique au micro de Jean-Baptiste Urbain que « Ce qu’on appelle une "clientèle", ce sont les gens qui se sont intéressés à un art et qui sont prêts à donner de leur argent pour que cet art existe, à des artistes, à des compositeurs, des instrumentistes etc. Or, on observe que toutes les clientèles de la musique classique se sont effritées au 20e siècle, car il y a eu en face une énorme concurrence (le cinéma, le jazz, le disque, le rock…). » 

« A un certain moment, la société évolue, et le type de sacralité qu’elle veut mettre en avant n’est plus le même, il perd sa valeur religieuse et va vers autre chose : une forme sacrée de transgression à laquelle la musique est relativement mal adaptée. »
Lionel Esparza

"La crise sanitaire accélère les phénomènes"

A la fin de son livre, Lionel Esparza ouvre ces questionnements sur la crise sanitaire actuelle. Pour lui, "il faudra de très nombreuses années pour voir comment les choses évoluent. L’impression que j’ai c’est qu’une fois que la crise sera terminée, on va essayer de tout recommencer comme avant : recréer le milieu classique tel qu’il a existé auparavant comme après un grand traumatisme collectif."
L'auteur interroge enfin la question de la légitimé du financement public de l'art : "La musique ne tient que sur les financements publics, ce qui est une véritable question à partir du moment où l’art ne représente plus ni l’État, ni ne parvient même à représenter l’entièreté de la collectivité elle-même." 

Agrégé de musique et licencié en Lettres Modernes, Lionel Esparza producteur à France Musique depuis plus de 20 ans, a présenté de nombreuses émissions sur cette antenne, notamment Le Magazine, Le Classic Club, et aujourd’hui Relax ! les après-midi.
Membre de divers jurys et concours, il est régulièrement appelé comme rédacteur (Classica, Opéra Magazine), animateur ou conférencier par de nombreuses institutions (Philharmonie de Paris, Théâtre du Châtelet, Radio France, Festival d’Automne, Arts Florissants…).
Il est également l’auteur de L’esprit du poker (La Découverte, 2014) et a coordonné La Discothèque idéale de France Musique (Gründ, 2020).

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