L'invité du jour
Entretien
Mercredi 25 janvier 2017
40 min

Bernard Foccroulle présente l'édition 2017 du Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence

La ‘liberté’ est le fil conducteur de l’édition 2017 du festival d’Aix-en-Provence. Son directeur général, Bernard Foccroulle, explique et développe ce thème dans la matinale de Saskia de Ville.

Bernard Foccroulle présente l'édition 2017 du Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence
Bernard Foccroulle

L’opéra, spectacle joué et chanté, n’est pas seulement un divertissement. Il est aussi une proposition de lecture de la société à un moment donné, de la part du compositeur comme du metteur en scène, et c’est pourquoi il n’est pas dénué d’enjeux lorsqu’il se confronte à un public.

Ce sont ces enjeux et cette confrontation qui intéressent Bernard Foccroulle, organiste et claveciniste de formation, directeur général du festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence depuis 2007.

« Au XVIIIe siècle, l’opéra jouait un rôle très important avec des compositeurs comme Gluck ou Mozart pour l’avènement des Lumières. Les artistes et intellectuels de cette époque avaient visiblement une grande aspiration pour le changement social », rappelle-t-il.

« L’opéra n’a jamais été complètement extérieur aux transformations sociales. Je pense que, même s’il ne l’est pas toujours, il peut encore aujourd'hui être un vrai enjeu de réflexion, de débat et de questionnement sur le sens du monde et de son patrimoine. »

L’opéra face à son public

« A mes yeux, le public fait partie d’une production. Il n’est pas extérieur, il n’est pas consommateur. On a besoin de cette générosité du public pour que le spectacle prenne toute sa dimension », explique Bernard Foccroulle.

L’opéra est un art social parce qu’il est un art vivant : les réactions de ceux qui le regardent et l’écoutent valent autant que le processus de création, ce qui permet aux œuvres de perdurer et d’évoluer.

C’est selon cette logique que les créations du festival d’Aix-en-Provence voyagent et se confrontent à de nouveaux publics. L’opéra Written on skin du britannique George Benjamin, créé en 2012 à Aix, ainsi que Trauernacht, cinq cantates de Bach dirigées par Raphaël Pichon et mises en scène par Katie Mitchell en 2014, seront ainsi donnés à Moscou, au mois d’avril 2016.

« Je suis très curieux de voir comment le public moscovite va réagir à cette production et y apporter sa propre contribution ».

L’opéra face à la création

Bernard Foccroulle souhaite que « l’opéra soit un art vivant, qui ne soit pas uniquement tourné vers le passé, même si ce passé est fabuleux ». Et pour cela, en tant que directeur et programmateur d’un festival de renommée international, il accorde une large place aux créations dans chacune de ses éditions.

C’est ainsi que l’opéra Pinocchio, composé par Philippe Boesmans, est programmé en ouverture du festival 2017 comme création mondiale. Une oeuvre reflétant l’autre préoccupation de Bernard Foccroulle : l’interdisciplinarité. « Il y a un travail d’ouverture permanente à effectuer : organiser des courants d’air, faire tomber des barrières. »

Social, l’opéra l’est ainsi d’autant plus lorsqu’il est vecteur d’échange entre les artistes et les disciplines, côté création, et entre les générations, côté public. Ce n’est donc pas un opéra pour les enfants qu’il a choisi avec Pinocchio, mais une oeuvre capable d’intéresser tous les âges, de vivre l’opéra en famille.

Une programmation ne se fait pas en un jour

Le choix des œuvres d’un festival est en lui-même un exercice de jonglage entre libertés et contraintes. Exercice de libertés car il permet au programmateur de favoriser les créations, de découvrir ou redécouvrir des œuvres et artistes, de s’inscrire ou non dans les mouvances de la société.

Exercice sous contraintes car le programmateur doit également faire avec ses propres souhaits et ceux des artistes, ainsi qu’avec le calendrier particulier des productions lyriques (la production d’un opéra étant, la plupart du temps, décidée et anticipée près de quatre ou cinq ans avant sa réalisation).

Les premières idées concernant l’édition 2017 remontent ainsi à 2014, mais pas son fil conducteur, la liberté. « Sinon cela voudrait dire qu’une programmation est l’illustration d’un concept, ce qui n’est pas mon point de vue. » L’idée du directeur général du festival d’Aix-en-Provence est « de voir, à un moment donné, comment un thème traverse une programmation. »

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