L'invité du jour
Entretien
Lundi 8 mars 2021
25 min

Journée des droits des femmes : La place des compositrices en 2021

Aujourd'hui, seulement 4% d’œuvres programmées en concerts sont écrites par des femmes. Que pouvons-nous faire pour réhabiliter le travail de ces compositrices oubliées ?

Journée des droits des femmes : La place des compositrices en 2021
Journée des droits des femmes : Matinale spéciale compositrices, © Getty / JGI/Jamie Grill

En cette Journée internationale des droits des femmes, tentons de comprendre quelle est la place des compositrices en 2021, dans les programmations de concerts, mais aussi aux disques et à la radio ? Egalement, pourquoi les femmes créatrices des siècles passés sont-elles tombées dans l'oubli ?
Elsa Fottorino, rédactrice en chef du magazine "Pianiste", Claire Bodin, directrice du tout nouveau centre "Présence Compositrices", Olivier Leymarie, directeur de l'Ensemble intercontemporain et Clara Iannotta, compositrice, répondent à cette question.

Elsa Fottorino a mené cette enquête dans le numéro mars/avril de Pianiste. Il était important pour la rédactrice en chef de se poser ces questions et de faire face à certaines contradictions : "On entend des discussions polarisées autour des compositrices. D'un côté, certains véhiculent l'idée qu'il n'y a rien d'intéressant musicalement dans les oeuvres des compositrices oubliées par l'Histoire, ce qui est évidemment un stéréotype. De l'autre côté, on entend qu'il n'existe que des oeuvres géniales. J'avais envie de comprendre et de faire un état des lieux de cette situation qui est criante d'inégalité".

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Le constat est sans appel : il est difficile pour les compositrices d'être jouées en 2021. Pourtant certains noms de compositrices ont aujourd'hui dépassé la postérité, comme celui de la compositrice Mel Bonis. Née Mélanie Bonis, la musicienne a dû masculiniser son nom et ainsi gommer son identité pour être davantage entendue. "En gommant son identité, cela lui a permis de masquer ces préjugés" constate Elsa Fottorino. Une citation bien connue de Liszt résume parfaitement cette situation : "Un nom d'homme, et vos partitions seraient sur tous les pianos".

Il existait évidemment de nombreuses musiciennes mais elles étaient contraintes à ne créer que de la musique légère. De par leur statut, les femmes aristocratiques ne pouvaient pas travailler : "Elles faisaient essentiellement de la musique de salon. Elles n'avaient pas le droit de bousculer les standards esthétiques. Elles ne devaient pas déranger. Il y avait une logique décorative dans leurs musiques" déclare la journaliste.
Preuve supplémentaire de cette inégalité : les femmes n'avaient pas le droit d'accéder aux classes de composition du Conservatoire national de Paris. C'est à partir des années 1850 que leurs portes seront ouvertes aux musiciennes. Toutefois, même après cette date, les compositrices n'auront toujours pas accès au Prix de Rome et ne pourront pas prétendre à cette reconnaissance avant de nombreuses années. Selon Elsa Fottorino, "Ça devait être une grande frustration pour elles, de ne pas pouvoir accéder à cette notoriété. C'était une hypocrisie totale". 

Pourtant, on assiste ces dernières années à de nombreuses découvertes. Par exemple la musique de Rita Strohl est davantage enregistrée depuis quelques années. "80% de sa musique est encore à l'état de manuscrit" avoue Elsa Fottorino. Il reste donc encore de nombreuses oeuvres à découvrir de cette compositrice. C'est là le point central du problème : "Il manque cruellement de références discographiques. C'est donc pour ça que les programmateurs sont frileux à diffuser cette musique à la radio ou dans les salles de concerts" déclare la journaliste. Il est important pour les interprètes de s'approprier cette musique mais encore faut-il que les musiciens y aient accès. De nombreuses oeuvres ne sont pas éditées. "Pour les jouer, il faut aller chercher les manuscrits à la Bibliothèque nationale de France" affirme Elsa Fottorino.

Il y a donc une nécessité à rendre accessible facilement les œuvres des compositrices oubliées. C'est justement le travail de Claire Bodin, directrice du Centre Présence Compositrices, grâce à la base de données "Demandez à Clara". La plateforme recense les œuvres des compositrices d'hier et d'aujourd'hui pour ainsi les mettre à disposition des musiciens. L'objectif est de diffuser ce répertoire oublié au plus grand nombre mais également de le mettre entre les mains de grands interprètes, qui le feront rayonner au mieux.

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