L'invité du jour
Entretien
Vendredi 8 novembre 2013
19 min

José Van Dam

Le grand baryton-basse revient sur sa longue carrière et présente son actualité musicale : un concert au Théâtre du Palais-Royal et la Concours Nadia et Lili Boulanger...

A 10 ans, José van Dam chante déjà par-dessus les disques de ses parents : « C’est le métier qui m’a choisi ! » (La Croix 2010). Il intègre alors une chorale d’amateurs dirigée par un jésuite qui lui confie souvent des solos.
Il étudie le chant au Conservatoire royal de Bruxelles, dans la classe de Frédéric Anspach, et est ensuite lauréat des concours de Liège, de Toulouse et de Genève. Dès sa sortie, en 1961, il rentre dans la troupe de l’Opéra de Paris pour quatre ans (où il rencontre Lorin Maazel qui lui faire enregistrer L’Heure espagnole de Ravel) puis dans celle de l’Opéra de Genève pendant deux ans.

« Faire partie pendant douze ans d’une troupe où l’on chante un rôle différent par soir, cela vous enseigne la souplesse et l’ouverture d’esprit. » (Le Figaro 2010)

En 1967, il intègre alors pour six ans la troupe de l’Opéra de Berlin et chante dès l’année suivante dans Fidelio et Les Noces de Figaro sous la direction de Karajan. Ils collaboreront tous les deux durant près de vingt ans, jusqu’à la mort du chef.

« Contrairement à la légende, c'était un homme très timide. Ses exigences étaient surtout tournées vers lui-même. Et lorsqu'il choisissait de travailler avec un artiste, il se montrait très respectueux. Un jour, il dirigeait le Requiem de Verdi avec, notamment, Luciano Pavarotti. Pendant que je chantais, Karajan s'est arrêté. Il a fait signe à l'orchestre en disant : "Ecoutez-le, laissez-vous porter." Et il a croisé les bras, visiblement dans un autre monde. J'étais bouleversé. » (L’Express 2010)

Il débute alors sur les grandes scènes internationales de la Scala, de Covent Garden, du Metropolitan, de Vienne mais surtout à La Monnaie de Bruxelles. En 1983, il crée le rôle de Saint François d’Assise dans l’opéra d’Olivier Messiaen.

« J'ai eu l'honneur de pouvoir créer ce rôle à la suite du désistement du chanteur initialement prévu. Avant d'accepter, j'ai voulu voir le compositeur. Je doutais qu'un homme fluet comme saint François puisse être restitué par une voix grave comme la mienne. Messiaen ne pensait pas comme moi : au contraire, il voulait que la foi intense de saint François transparaisse à travers la force de la voix. Un ténor, trop aigu, n'aurait pas pu rendre ce sentiment, pensait-il. Finalement, il m'a convaincu et j'ai accepté avec enthousiasme de participer à cette aventure. Puis, pendant plusieurs années, plus rien. Pas de nouvelles. Messiaen travaillait en secret sur sa partition. Après qu'il eut fini, j'ai enfin pu apprendre mon rôle. Je l'ai chanté dans de nombreuses mises en scène différentes, car Saint François, sublime drame liturgique, est devenu en quelques années un classique. Les lignes de chant y sont d'une clarté très française. » (L’Express 2010)

Ses principaux rôles auront été, tout au long de sa carrière : Golaud de Pelléas et Mélisande (enregistré avec Karajan, Gardiner et Abbado ), Simon Boccanegra (enregistré avec Cambreling et Veltri) et Hans Sachs des Maîtres chanteurs de Nuremberg (enregistré avec Solti et Welser-Möst). On peut aussi citer Leporello ou Figaro, qu’il aurait chanté 400 fois !
Il fait ses adieux à la Monnaie de Bruxelles le 23 mai 2010 : il y fête ses 70 ans, ses 50 ans de carrière et ses 30 ans à la Monnaie. Pour l’occasion, il chante sous la direction de Minkowski le rôle titre de Don Quichotte de Massenet, qu’il connaît très bien et pour lequel il a reçu une Victoire de la musique classique en 1994 (pour l’enregistrement avec Michel Plasson).

« J'aime l'idéalisme de ce personnage. C'est un poète, un romantique et un naïf… un peu comme nous les artistes » (La Croix 2010)

« Pour mes adieux à la Monnaie, je voulais proposer, en bon Français, puisque je suis belge, un opéra du répertoire français, que je trouve malheureusement trop négligé. Après ces adieux, je ne compte pas arrêter pour autant. Je vais désormais me consacrer aux concerts et à l'enseignement. Le secret de ma longévité ? Pour les chanteurs, il n'y en a qu'un : la technique. Et le travail pour l'entretenir. Rien d'autre. » (L’Express 2010)

Il ne s’agissait en effet pas d’adieux définitifs, puisqu’il a ensuite chanté dans La Veuve joyeuse de Lehár à Genève en 2010, Ariane et Barbe-bleue de Dukas à Barcelone en 2011, Pelléas et Mélisande au festival Verbier de 2012 et l’Orateur de La Flûte Enchantée en mars-avril 2013.

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jeudi 7 novembre 2013